Sélection de parutions

lien

Erevan

Arménie, le grand roman d'un peuple

Gilbert Sinoué

14 janvier 2009

Editions Flammarion

 

1914, Anatolie orientale. C'est au coeur de paysages sauvages et montagneux que vit la famille Tomassian : Vahé, le grand-père, Bedros et Achod, ses fils, Anna et ses deux enfants, Aram, 12 ans et Yéva, 14 ans. En avril 1915, toute la famille est massacrée sous les yeux d'Aram et Yéva. Commence alors la déportation et un véritable voyage aux enfers pour les deux adolescents arméniens.

 

Venez, crevez l'abcès...

Venez, crevez l'abcès, entrez dans cette sépulture dont peu de gens au pays du Croissant semblent vouloir reconnaître l'existence. Il est tellement plus facile de se réfugier dans l'ignorance… Marchez dans la boue, dans le sang, foulez du pied ces têtes tranchées, écartez sur votre passage ces corps pendus au bord des chemins, passez par-dessus ces femmes violées aux ventres ouverts et ensanglantés comme dans une boucherie. Voyez enfin ces petits enfants aux crânes fracassés…
« Cela n'est pas possible » plaiderez-vous.
Et pourtant si, cela fut possible. Non seulement au Cambodge, au Rwanda ou dans quelques autres pays en guerre ou en révolution, mais aussi en Turquie ottomane, au début du xxe siècle, sous le règne des Jeunes-Turcs. Approchez, venez vous rendre compte pour ne pas devenir à votre tour le complice silencieux des négationnistes et de la manipulation d'État. Les gens de mon origine ne peuvent dormir tranquilles. Nos morts n'ont pas de sépulture. Alors, qu'attendons-nous, que voulons-nous ? Peu de chose en vérité : que les hommes et les femmes du Croissant, lorsqu’ils trinquent à l'honneur, quand nous trinquons à la santé et les Juifs à la vie, puisent dans cet honneur pour reconnaître ce fait indéniable de notre passé commun.
Le temps n'est-il pas venu de réconcilier nos peuples, de déchirer les faux livres d'Histoire, de laver à tout jamais cette tache abominablement écarlate, de se libérer d'un mensonge d'État pour entrer, clair et limpide, dans cette Europe qui aujourd'hui doute et doutera plus encore demain ? Les jeunes générations, celles des après drames, qui ne sont en rien responsables du passé mais ô combien garantes de l'avenir, ont le droit de savoir et de se délier d'une faute qui n'est pas la leur.
Alors venez, crevez l'abcès et, comme je l’ai fait, entrez dans ce livre et vivez l’impensable.

Charles Aznavour

 

A propos de l'auteur -

Gilbert Sinoué est à la fois écrivain et historien.
Né au Caire, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Arrivé en France en 1968. Il est l'auteur de 17 romans, essais et biographies, parmi lesquels Le Livre de Saphir, Prix des Libraires 1996, L'Enfant de Bruges, Les Silences de Dieu, Grand Prix de littérature policière, Des jours et des nuits qui a fait l'objet d'une série télévisée sur France 3 avec Stefan Freiss et Caterina Murino et Moi Jésus.
Il est aussi le coauteur et coscénariste de la série télévisée diffusée en trois épisodes sur en 2008, sur M6, La légende des trois clefs.

  • N° ISBN : 9782081217348
  • Prix éditeur : 21,00 €

Haut de page


lien

La résistance aux génocides

De la pluralité des actes de sauvetage

Jacques Semelin

8 décembre 2008

Editions Editions Sciences Po

Dans cette descente aux enfers qui caractérise les temps de génocide, il se trouve des gens qui se tiennent à distance, et dont les gestes sauvent, ou retardent sans la stopper la machine criminelle.

A l’occasion du soixantième anniversaire de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide, La résistance aux génocides met en évidence – dans une étude comparative des génocides arménien, juif et rwandais - que chaque fois qu’il y a génocide, il y aussi une résistance civile qui émerge. Discrète, elle est l’œuvre d’individus qui, chacun à leur échelle, font œuvre de sauvetage. Dans cette descente aux enfers qui caractérise les temps de génocide, il se trouve des gens qui se tiennent à distance, et dont les gestes sauvent, ou retardent sans la stopper la machine criminelle.

La figure du sauveteur est complexe. A côté du sauveur altruiste se trouvent des gens dont l’aide n’est pas désintéressée. On sauve parfois pour de l’argent. Raymond Kévorkian recense ainsi quelques cas d’Arméniens qui avaient pu « gagner du temps » en adressant chaque mois une lettre de crédit à leur sauveteur. Durant la Shoah, il y a des sauveteurs qui ne sont pas philosémites. Au Rwanda, en 1994, on voit des sauveteurs qui furent aussi des tueurs. La notion de Juste parmi les Nations, juive à l’origine, s’est internationalisée. Depuis les années 90, l’expression s’applique aussi aux Turcs qui ont sauvé des Arméniens et aux Hutus qui ont sauvé des Tutsis.

Fatma Müge Göcek

Dès 1992, Richard Hovanissian consacrait une première étude à ce sujet, reconnaissant que beaucoup d’Arméniens n’avaient survécu que grâce à l’aide de Turcs.

Comme l’écrit Jacques Sémelin, la question du sauvetage « pour le moins décalée par rapport au combat mémoriel des organisations arméniennes toujours mobilisées pour la reconnaissance internationale de ce génocide » mérite d’être explo-

rée. Et les contributions relatives à 1915 enrichissent le débat sur la notion de Juste. Ainsi Fatma Müge Göcek propose d’élargir la notion pour prendre en compte l’expérience musulmane tirée du concept islamique d’adala, et rappelle d’autre part que la formation intellectuelle des Jeunes-Turcs est européenne. Hasmik Tevosyan, en pointant le déni de justice, souligne la charge affective véhiculée par la notion de Juste chez les Arméniens.

Son simple témoignage fait de Morgenthau un Juste, alors qu’il n’a pas sauvé de vie. De même, Antranik - alors qu’en principe le terme de Juste s’applique aux étrangers - est vu comme un Juste parce qu’il est ce héros qui, pendant le génocide, a sauvé des vies arméniennes. Elle note également la valeur cathartique de la notion de Juste pour les Turcs et les Arméniens.

Ugur Umit Ungör

Petit chef-d’œuvre que la contribution de Raymond Kévorkian : même l’examen d’un sujet mineur fait surgir dans toutes ses dimensions l’entreprise d’extermination. Dans une approche intentionnaliste du génocide, il rappelle d’emblée l’idéologie d’exclusion qui caractérise le CUP et son projet d’extermination. Or, note l’historien, il fait partie de ce projet de sauver quelques rares éléments : des jeunes femmes bien éduquées. A un autre niveau, les femmes et les enfants qui furent violemment enlevés au cours des déportations et placés dans les familles turques, kurdes, bédouines, comme domestiques, esclaves ou épouses, furent malgré tout « sauvés ».

Son étude se concentre sur la résistance de hauts fonctionnaires turcs aux ordres de déportation. Certains, sans sympathie pour les Jeunes-Turcs, le CUP et l’Organisation spéciale qui servait aussi de structure parallèle pour surveiller les bureaucrates, ont résisté en différant l’application des ordres venus de la capitale. Sans sauver des vies, ils ont temporisé avant d’être mutés ou exécutés. Mais d’autres menèrent à bien de véritables opérations de sauvetage, à Kütahya et Adana par exemple.

Ugur Umit Ungör note que pour les Arméniennes « le sauvetage était souvent le prélude à la misère ». Il aborde le cas de ces femmes vendues sur les marchés régionaux d’esclaves qui étaient semi-légaux jusqu’en 1915 dans l’Empire ottoman : leur arrivée massive provoque l’effondrement des cours sur ces marchés. Enfin, si la conversion était une condition sine qua non du sauvetage, elle n’empêchait ni la suspicion ni la mort. Talaat, ministre de l’Intérieur, supervisait les choses : nouvelle carte d’identité avec noms turcs pour les converti(e)s. Quand donc la conversion a sauvé une vie, le plus souvent la vie d’une femme, comme celle de la grand-mère de Fethiye Cetin, ce qui a été sauvé, c’est une existence physique, coupée de son groupe, et dont on considérait que l’identité arménienne avait été éradiquée.

Hans Lucas Kieser

Hans Lucas Kieser revient sur Béatrice Rohner, cette religieuse qui dirigea pendant un an à Alep, avec l’autorisation de Djemal, un orphelinat regroupant un millier d’enfants arméniens avant qu’ils ne soient dispersés dans des orphelinats de l’Etat en 1916.

En choisissant de parler des Arméniens de Mardin où il y eut très peu de survivants, Yves Ternon essaie de comprendre ce qui a rendu impossibles dans ce cas les opérations de sauvetage. Question décalée, question éminemment féconde. Il faut lire ce livre intelligent qui commence par une cartographie de l’échelle spatiale des trois génocides.

Il faut le lire en entier pour comprendre que l’approche comparative n’est pas une vaine recherche, puisqu’elle permet de rapprocher ce qui peut se subsumer sous un même concept tout en établissant des différences spécifiques.

Saluons ici les grandes qualités intellectuelles et morales de Jacques Sémelin à l’initiative de ce livre qui fait suite au colloque qu’il organisa en 2006.

 

Isabelle Kortian

Nouvelles d'Arménie Magazine

Janvier 2009

 

Haut de page


lien

La flotte française au secours des Arméniens

Georges Kévorkian

1 décembre 2008

Editions MARINES éditions Tél. : 02 99 32 58 47

Avril/mai 1909

L’Empire ottoman, depuis juillet 1908, est aux mains des « Jeunes-Turcs » qui ont renversé le régime du sultan Abdul Hamid  le « Grand Saigneur »), promettant la mise en oeuvre de la constitution libérale de 1876, jamais appliquée. Des troubles éclatent en Cilicie où les nationalistes turcs, de crainte que cette constitution leur fasse perdre leur prééminence vis-à-vis des autres  ommunautés non musulmanes, notamment des Arméniens fortement implantés dans cette province, s’en prennent à ces  derniers qui sont ainsi l’objet d’une terrible oppression. Les missions chrétiennes de la région ne sont pas épargnées. Alertés, les pays occidentaux dépêchent leurs navires de guerre pour aider, secourir leurs ressortissants et les communautés arméniennes. La France, n’est pas en reste : l’escadre légère de Méditerranée, sous les ordres du contre-amiral Pivet, rallie le golfe d’Alexandrette. On assistera alors à une opération d’ingérence d’humanité en territoire turc…

Septembre 1915

La « Grande Guerre » a éclaté en août 1914 : l’Empire ottoman s’est allié aux Empires allemand et austro-hongrois pour combattre les pays de « l’Entente », Grande-Bretagne, Russie et France. La 3ème escadre de la flotte de combat française en Méditerranée, sous les ordres du contre-amiral Darrieus qui vient d’assurer l’intérim du vice-amiral Dartige du Fournet appelé à remplacer le vice-amiral Boué de la Peyrère à la tête de l’armée navale, surveille les côtes syriennes. Le gouvernement turc a décrété l’extermination de sa population arménienne. Des villageois arméniens de la région du Mont Moïse, en bordure du golfe d’Alexandrette, sont acculés sur la plage : leur héroïsme face aux soldats turcs ne peut tenir encore plus longtemps. Les marins français vont sauver ces Arméniens en les recueillant sur leurs navires et en les transportant dans des camps de réfugiés à Port-Saïd. On assistera alors à une opération de sauvetage de 4000 Arméniens, remarquablement organisée par la Marine française….

 

  • Nombre de pages : 128
  • Prix éditeur : 29,00 €

Haut de page


lien

Turquie, terre de diaspora et d'exil

Histoire des migrations politiques de Turquie

Bahar Kimyongür

23 novembre 2008

Editions Editions Couleur Livres

 

S’il est une douleur qui unit les Turcs, les Kurdes, les Arméniens, les Arabes, les Juifs, les Assyro-Chaldéens, les Musulmans sunnites, les Alevis et les Yézidis de Turquie, c’est l’exil.

Ce livre retrace l’histoire des mouvements migratoires en partance et à destination de l’Anatolie. Il analyse en particulier l’exil politique provoqué par les juntes militaires turques de 1971 et 1980. Il décortique le contexte de la “guerre froide” qui amena les généraux turcs à éradiquer les divers courants de gauche, principaux sujets à l’exil. Il décrit ensuite la vie associative des communautés diasporiques et transnationales engendrées par la répression militaire ainsi que le point de vue et l’attitude des mouvements de résistance antifascistes à l’égard de l’exil.

Enfin, l’auteur présente une catégorie particulière d’exilés à laquelle il adhère lui-même : celle des “demi-exilés”, ces enfants d’immigrés de la deuxième ou de la troisième génération, dotés de la double nationalité, mais recherchés dans le pays d’origine de leurs parents à cause de leur “activité dissidente”.

Ce livre démontre avec pertinence le caractère inéluctable des diverses formes d’émigration à partir de la Turquie en l’absence d’une démocratisation sincère et radicale de ce pays.

Né en 1974 à Bruxelles, Bahar Kimyongür est licencié en archéologie et en histoire de l’art. Il milite pour la défense des minorités et l’émancipation sociale en Turquie, un engagement qui lui vaut d’être poursuivi et harcelé sous l’accusation abusive d’activité terroriste par le Parquet fédéral belge ainsi que par le régime d’Ankara.

  • N° ISBN : 978-2-87003-509-2
  • Nombre de pages : 136
  • Prix éditeur : 15,00 €

Haut de page


lien

Un acte honteux

Le génocide arménien et la question de la responsabilité turque.

Taner Akçam

22 novembre 2008

Editions Denoël

Couverture du livre : Un acte honteux

«Un acte honteux» : tels sont les mots employés par Mustafa Kemal lui-même, père de la Turquie moderne, pour qualifier le génocide des Arméniens à partir de 1915 (un million de victimes). Pourtant, aujourd'hui encore, les historiens turcs ne peuvent travailler sereinement sur cette question, la contestation de la ligne officielle héritée de la fondation de la République étant passible de poursuites.

L'exception est très certainement Taner Akçam, historien turc vivant en exil et spécialiste des archives ottomanes. Partant d'une analyse rigoureuse de documents militaires et judiciaires inédits, ainsi que des minutes des débats parlementaires, des correspondances privées et des comptes rendus de témoins oculaires, il clôt définitivement le débat sur la principale question : celle de la responsabilité.

 

Akçam montre de manière irréfutable – puisque ce sont les documents ottomans qui parlent – que, loin de n'être qu'une conséquence aussi fâcheuse qu'involontaire de la Première Guerre mondiale, le génocide fut soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l'époque, le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de «Jeunes-Turcs».

Ce n'est pas le point de vue des victimes mais celui des assassins qui est décortiqué ici. Akçam éclaire par là même les mécanismes psychologiques profonds qui ont poussé les agents de l'Empire ottoman finissant à se transformer en bourreaux avec autant d'aisance. Il montre aussi comment la Turquie a réussi à éluder ses responsabilités en jouant sur les rivalités étrangères dans la région et l'échec à traduire en justice les responsables.

Sans provocation ni militantisme, à l'heure où se pose la question de l'adhésion à l'Europe, Taner Akçam appelle les Turcs à tourner le dos au discours négationniste officiel et à affronter enfin, sans crainte, la réalité de l'histoire de leur pays.

A propos de l'auteur :

Taner Akçam, 55 ans, est historien.

Au milieu des années 70, il est emprisonné en Turquie pour avoir milité à l'extrème gauche et est "adopté" comme prisonnier d'opinion par Amnesty International.

Auteurs de nombreux articles et ouvrages sur les relations entre Turcs et Arméniens, il enseigne à l'Université Clark, dans le Massachusetts

  • N° ISBN : 2207259633
  • Nombre de pages : 490
  • Prix éditeur : 25,00 €
  • amazon
  • fnac
  • alapage
  • Denoël
  • Librairie Orientale 51, rue Monsieur-le-Prince 75006 Paris

Haut de page


Page : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17

Nous écrire Haut de page Accueil XHTML valide CSS valide