Un génocide exemplaire,
Arménie 1915

Nous en sommes venus au temps où
l'humanité ne peut plus vivre avec, dans
sa cave, le cadavre d'un peuple assassiné.

Jean Jaurès

AVERTISSEMENT

Jean Marie CarzouCe livre a paru pour la première fois en avril 1975. Le militant de la cause arménienne que j’étais alors l’a écrit pour une raison très simple : il y a trente ans, aucun livre en français n’était disponible sur le sujet… lequel sujet semblait bien avoir disparu définitivement de l’Histoire officielle du XXème siècle, bien qu’il en constituât le premier fait de génocide – et seul l’Uruguay acceptait en ce temps-là de présenter à l’ONU une motion sur la question arménienne « quand le moment sera venu ».

Je n’étais d’ailleurs moi-même venu à cette cause que par l’entremise d’un réalisateur arménien, Arlen Papazian, rencontré à la télévision à la fin des années soixante. Mon père se proclamait Français né à Paris et c’est pour des discours commémoratifs que je découvris la réalité des choses ; ne manquaient, en effet, ni les témoignages ni les documents – même si le silence et l’oubli, confortant l’injustice, les rendaient alors caducs. J’allai même jusqu’à évoquer l’arme du terrorisme comme ultime possibilité de ramener au grand jour « les vrais problèmes demeurés en suspens de la question arménienne » : c’était en octobre 1972, avant qu’ait eu lieu à Los Angeles le premier attentat contre un diplomate turc, attentat perpétré par un survivant des massacres.

Avec les responsables du site, nous avons décidé de reproduire ici telle quelle la toute première édition du livre, celle de 1975 dont Claire Mouradian rappelait récemment (dans « Le Monde 2 » du 16 avril 2005) qu’elle révèla « à l’opinion publique française un ensemble de faits oubliés ou occultés ». Certes, bien des choses ont changé depuis 1975 et la littérature concernant le génocide arménien est aujourd’hui, fort heureusement, disponible de façon abondante et variée. On a en outre enfin ouvert la porte de la cave et, grâce au terrorisme puis à l’action continue et efficace des comités de la diaspora, la question est venue à la lumière, bénéficiant de la reconnaissance officielle de nombreux Etats (dont la France) et même partie prenante des conditions de l’éventuelle adhésion de la Turquie à la Communauté européenne. Last but not least, l’Arménie elle-même, du moins sa partie alors soviétique, est après 1989 devenue une République souveraine dont l’année sera célébrée en France en 2006 et 2007. J’avais d’ailleurs en quelque sorte « annoncé » ce bouleversement historique en rappelant en 1975, dans un discours au Palais des Congrès de la porte Maillot, que, communiste ou pas, l’Arménie était notre patrie et que, comme telle, elle serait forcément plus durable dans le temps historique…

En fait, ne vont donc dater, à la lecture aujourd’hui de ce livre, que les références initiales à l’Arménie soviétique et, en conclusion, le décompte des années depuis le déclenchement du génocide : soixante, alors que nous voici à quatre-vingt-dix… C’est là qu’apparaît, malheureusement, ce qui a le moins changé : l’impossibilité où se trouvent aujourd’hui encore les dirigeants de la Turquie de reconnaître les crimes perpétrés sur l’ordre exprès de leurs prédécesseurs. Nous sommes toujours aussi loin des compensations financières allemandes et de l’agenouillement du chancelier Brandt !

JEAN-MARIE CARZOU
Juillet  2005

Je tiens naturellement à remercier les responsables du site « imprescriptible.fr » de permettre à ce livre, témoignage de combat, de retrouver sa place, pleine et entière, dans l’histoire trop longue de notre lutte pour la justice.