Source(s)
Bibliothèque Livres et brochures d'époque
René Pinon

La suppression des Arméniens
Méthode allemande - Travail turc

Chapitre IV

Les responsabilités

Ce qui frappe dans tous ces récits, c'est l'organisation régulière et systématique des massacres. Les Allemands, à cet esprit d'ordre, reconnaîtront leurs alliés et disciples. Ce n'est pas une population qui se jette sur une autre dans une crise d'anarchie sauvage. Non ; l'opération commence par un décret du gouvernement affiché dans les villages ; les instructions arrivent de Constantinople aux fonctionnaires de rang élevé, et, par eux, aux exécutants et aux exécuteurs. Le téléphone joue un grand rôle dans le lugubre drame ; on l'entend retentir dans les récits des témoins ; on voit les « autorités » en séance. Tout se passe avec un ordre effroyable. On ne tue pas dans les villes pour éviter l'infection. Les caravanes sont réunies au jour et à l'heure prescrits  ; les Kurdes et les brigands sont prévenus et se trouvent au rendez-vous donné par les gendarmes qui rabattent le gibier. Des commissions s'occupent de recenser tout le butin fait par l'Etat turc dans les maisons arméniennes. On jette à la foule rapace les menus objets : tout ce qui a une réelle valeur est mis de côté pour être vendu ; on paiera d'abord les dettes des Arméniens pour qu'aucun musulman ne puisse être lésé, puis l'Etat s'enrichira du reste. Une loi récente prescrit que les biens des déportés (massacrés ou fugitifs) seront confisqués et liquidés par une commission au bénéfice de l'Etat. Les immeubles confisqués ont été remis à l'administration de l' Evkaf (fondations pieuses). Des musulmans émigrés de Bosnie et de Macédoine sont établis comme colons dans les maisons des Arméniens : c'est la méthode du docteur Nazim . Le partage des femmes et des enfants s'accomplit aussi avec ordre, après visite sanitaire par les médecins turcs. Les enfants survivants sont recueillis dans des orphelinats musulmans ; il est défendu aux chrétiens de s'occuper d'eux, de les recueillir. Les généreux efforts des Américains pour en sauver quelques-uns, pour envoyer des vivres aux malheureux qui ont réussi à gagner la Mésopotamie pour y mourir de faim, de misère et de fièvre, sont restés impuissants. Le gouvernement a déclaré que les réfugiés ne manquaient de rien et qu'il lui appartenait d'en prendre soin et de leur donner des vivres.

Il n'y a donc pas à s'y tromper : c'est la destruction totale du peuple arménien, par la mort ou la conversion forcée à l'Islam, qui est poursuivie. Ensuite on s'attaquera on s'attaquera aux autres races chrétiennes. Déjà les Chaldéens des districts de Salmas et d' Ourmiah , dans l' Azerbeidjan , ont été pillés et massacrés. On ménage, en ce moment, les Grecs, pour des raisons politiques ; mais leur tour viendra dès que l'occasion paraîtra favorable au gouvernement turc. C'est un système de gouvernement, une volonté arrêté : c'est l'ultime conséquence de la révolution « libérale » de 1908. Le gouvernement jeune-turc est pleinement responsable des horreurs d'Arménie.  Même s'il est démontré, - ce qui n'est pas le cas, - qu'il y eu en Arménie des complots et des révoltes, cette responsabilité n'en serait pas atténué : rien ne saurait excuser l'assassinat des Arméniens mobilisés par leur frères d'armes, ni le massacre des enfants, des vieillards, ni la conversion forcée des survivants, ni le pillage organisé, ni tant d'abominations que la plume se refuse à décrire et que, pour l'honneur de l'humanité, on voudrait effacer de l'histoire.

A un journaliste américain, Talaat bey a déclaré : « Nous n'avons pas été cruels, mais nous reconnaissons avoir été énergiques. Nous sommes en temps de guerre. » On se demande alors ce que peut bien être la cruauté ! Au moment où ces pages allaient paraître, le Berliner Tageblatt du 4 mai a publié une conversation de Talaat avec son correspondant à Constantinople, M. Steldemann  : « C'était une nécessité militaire, a dit le ministre, d'éloigner les Arméniens de leur pays. Tandis qu'on les transportait en Mésopotamie, les Arméniens ont été attaqués par les Turcs et tués en partie. En mars 1915, au moment des combats des Dardanelles, il devint nécessaire d'éloigner les Arméniens de Constantinople et des environs. Le gouvernement ordonna de les transporter à Zor . Malheureusement de mauvais fonctionnaires, chargés d'exécuter ces mesures, ont commis de graves excès. » Ici Talaat s'arrêta, passa la main sur ses yeux comme s'il voulait écarter une vision mauvaise, et il continua : « Nous ne somme pas des Barbares ; les comptes rendus sur ces tristes événements m'ont fait passer plus d'une nuit sans sommeil. » Nous avons vu ce qu'il faut penser de ces regrets tardifs et hypocrites. Si Talaat bey a des remords sincères, qu'il le prouve en donnant l'ordre de recueillir tous les survivants, de confier aux missions américaines les petits enfants islamisés de force, les femmes enfermées dans les harems ! Qu'il nourrisse et établisse quelque part les quelques milliers de fugitifs qui, dans le dénuement le plus complet, achèvent de mourir en Mésopotamie ! Et que, d'abord, il donne l'ordre de cesser les déportations et les massacres !

Mais, par de là et par-dessus les quelques aventuriers qui, pour la ruine de la de la Turquie, en ont usurpé le gouvernement, une autre responsabilité apparaît. Le Cabinet ottoman n'est plus un gouvernement libre ; il est dans la dépendance étroite de l'Allemagne. L'ambassadeur allemand à Constantinople est plus maître que les ministres ; il a des consuls dans tous les principaux centres de l'Arménie ; il a été certainement renseigné jour par jour sur cette extermination de tout un peuple, qui s'est accomplie sous les yeux des agents allemands ; il n'a rien fait pour l'empêcher, ni même pour en atténuer l'horreur ; il a lui-même renseigné son gouvernement sur les projets sinistres du gouvernement turc, et le gouvernement a gardé le silence ou a approuvé. Un Veto venu de Berlin, même sous forme de conseil, aurait prévenu le massacre ou l'aurait arrêté. En voici la preuve. L'ambassadeur fit donner l'ordre de ne pas toucher aux Arméniens dépendant de la mission allemande de Mezreh , non loin de Kharpout , et cet ordre fut scrupuleusement exécuté. Le baron de Wangenheim avait l'expérience des Turcs ; il savait que, pour garder leur confiance et leur sympathie, il vaut mieux flatter leurs passions et leurs préjugés qu'essayer de les éclairer. Par politique, il s'abstint d'intervenir. C'est la méthode de Pilate. Les consuls allemands eurent pour instruction de se garder de toute ingérence dans les « affaires intérieures de la Turquie. » On a vu la réponse du consul d'Erzeroum aux supplications des deux infirmières de la Croix-Rouge allemande. D'après les témoignages de réfugiés venant de Syrie, certains consuls allemands auraient encouragé et dirigé les massacres ; on cite notamment M. Rossler, consul d'Alep, dont nous avons relaté le rôle dans le massacre des gens du Zeïtoun [note du site : Rössler s'est au contraite opposé aux massacres et à dénoncé dans plusieurs rapports la politique d'extermination des Jeunes-Turcs] . Plusieurs lettres écrites par des étrangers au journal arménien Gotchnag, de New-york, rapportent que les fonctionnaires allemands stimulèrent le zèle de certains Turcs trop tièdes. A Orfa, on aurait vu le consul allemand dirigeant les massacres. Des témoins affirment avoir vu des officiers allemands commander les fusillades. En tous cas, ce qui est certain, c'est que tous les agents allemands fermèrent les yeux par ordre ; on ne trouve nulle part, dans ce déluge de crimes sans nom, l'écho de leur horreur ou le cri de leur pitié. Quand on sait ce que peut, en Turquie, l'autorité d'un consul européen, on est obligé de juger sévèrement leur attitude et plus sévèrement encore celle de leur gouvernement1.

Quand, au mois de juillet, le Cabinet de Washington demanda au gouvernement de Berlin d'unir ses efforts aux siens pour mettre fin aux massacres, aucune réponse ne fut faite à cette invitation2. Quand l'ambassadeur des Etats-Unis à Constantinople, M. Morgenthau, s'adressa à son collègue allemand, le baron de Wangenheim lui déclara qu'il déplorait ce qui se passait, mais qu'il ne pouvait en aucune façon s'immiscer dans les affaires intérieures de la Turquie. A Washington, le comte Bernstorff commença par nier la réalité des massacres : « Ces prétendues atrocités semblent n'être que de pures inventions », écrivait-il. Et il laissait entendre que c'étaient les Russes qui obligeaient le Catholicos d'Etchmiatzin à propager de telles fables. Le 6 juin, l'agence Wolff transmettait une déclaration officielle turque. « Il est tout à fait faux qu'il y ait eu des assassinats ou des massacres d'Arméniens. Les Arméniens d'Erzeroum, Erzingian, Egin, Sassoun, Bitlis, Mouch et de Cilicie n'ont, en effet, commis aucun acte pour troubler l'ordre et la tranquillité publique, ou qui ait pu nécessiter des mesures spéciales contre eux. Les consuls des Puissances neutres le savent. »

Mieux informé, plus tard, le comte Bernstorff présenta au secrétaire d'Etat Bryan un rapport du consul général allemand de Trébizonde, justifiant les massacres par cet argument que « les Arméniens trahissaient le gouvernement turc et aidaient et soutenaient en secret les Russes. » La presse allemande adopta la thèse du baron de Wangenheim et soutint avec ardeur que l'Allemagne n'avait pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de l'Empire ottoman. Le comte Ernest Reventlow, dans la Deutsche Tageszeitung , se signala par son zèle ; il déclara que « la Turquie avait non seulement le droit, mais le devoir de châtier les Arméniens rebelles et avides de sang. » Les protestations de la presse neutre ont fini par soulever quelque émotion en Allemagne ; on a craint l'effet des « horreurs d'Arménie » sur le sentiment public yankee. Selon sa tactique ordinaire, la presse allemande, prévoyant l'accusation, prit l'offensive et s'efforça de démontrer que tous les torts étaient du côté des Arméniens. Dans les récits allemands, c'est toujours l'agneau qui trouble le breuvage de messire loup. Une brochure apologétique vient de paraître à Berlin3 ; le comte Reventlow l'a recommandée avec chaleur au public. Ce sont les Arméniens révolutionnaires qui, à l'instigation de la Russie et surtout de l'Angleterre, ont préparé des révoltes et des trahisons ; les Turcs n'ont fait que se venger. Ils n'ont pas excédé les droits de tout gouvernement ; ils ont réprimé le mouvement arménien « sans qu'il s'en suive aucun massacre. » Le gouvernement jeune-turc « en a fini avec les méfaits des Kurdes », mais les tendances révolutionnaires des Arméniens ont subsisté. Boghos pacha, -dont tous les efforts ont consisté à mettre fin aux agissements des révolutionnaires arméniens pour obtenir du gouvernement ottoman, avec l'appui de l'Europe, y compris l'Allemagne, les réformes nécessaires pour que les Arméniens puissent vivre et prospérer dans un empire ottoman plus libéral et mieux gouverné, - se voit accusé par Bratter d'être le chef des révolutionnaires, d'avoir organisé un complot dont tous les fils sont à Tiflis entre les mains du gouverneur russe du Caucase. On ne saurait, en vérité, être plus mal renseigné ! Les arguments de Bratter, adoptés par Revetlow, sont vieux de vingt ans et paraissent maladroitement remis à neuf. « Il sera prouvé, écrit Bratter, que l'Angleterre, avec l'aide de la Russie et de la France, a provoqué de nombreux complots en Arménie, dans le dessein d'amener, au moment où les Alliés auraient pénétré dans les Dardanelles, un soulèvement général. Par malheur pour les Arméniens, la révolte éclata prématurément, et, en même temps, la conjuration fut révélée aux Turcs. » Et Reventlow conclut : « Il serait grand temps que les Allemands comprissent au moins d'où provient le bruit fait au sujet des atrocités arméniennes. Qu'ils comprennent enfin que ce n'est pas notre affaire de nous apitoyer sur le sort des révolutionnaires et usuriers arméniens qui présentent un grand danger pour notre fidèle alliée turque et qui sont l'instrument de nos ennemis mortels, l'Angleterre et la Russie. Si les Turcs ne se défendaient pas énergiquement contre le danger arménien, ils rendraient à leurs alliés un tout aussi mauvais service qu'à eux-mêmes. Voilà pourquoi, nous autres allemands, nous devons considérer cette question arménienne non seulement comme intéressant la Turquie, mais encore tous ses alliés, et la soutenir contre les attaques venues du dehors4. »

La Gazette de la Croix renchérit : « Les massacres d'Arméniens par les Turcs n'ont jamais été qu'un moyen de défense contre les intrigues des Arméniens qui constituent un danger permanent pour la Turquie. La patience des Turcs a été vraiment admirable5.  » On se demande vraiment pourquoi la Gazette ne réclame pas le massacre des Alsaciens, des Lorrains, des Polonais et des Danois !

On doit dire, à la décharge des Allemands, qu'il s'est trouvé parmi eux des consciences moins atrocement utilitaires que celle du comte Reventlow. Depuis quelque temps, des protestations s'élèvent ; certains catholiques font écho à la voix du Pape ; certains pasteurs protestants publient des récits pitoyables envoyés par les sociétés de missions. Le Dr Lepsius est allé à Constantinople pour faite une enquête ; on fait courir le bruit qu'il prépare une publication stigmatisant les crimes turcs et l'abstention allemande : mais la raison d'Etat laissera-t-elle paraître une telle publication ? Jusqu'ici, d'autres savants, tels que Lehmanhaupt, Marquart, Strjigovsky, qui avaient publié des livres pleins d'éloges pour la race arménienne, se sont tus. Lepsius sera-t-il plus éloquent ?

Il est temps encore de sauver quelques débris de la race arménienne, de rendre à la liberté les prisonniers, de délivrer les malheureux enfants islamisés de force, les femmes enfermées dans les harems, de nourrir les réfugiés parvenus en Mésopotamie. Les massacres d'Arméniens ne sont pas une histoire close : l'extermination continue, se généralise. La persécution sévit aux environs de Constantinople et dans la capitale même6. De la région d'Ismidt, 180.000 personnes ont été dernièrement dirigées sur Karamanli pour, de là, continuer un voyage dont le terme est la mort. A Buldur, à Starta, vers le mois d'octobre, les Arméniens ont été exterminés ; après avoir tué les hommes, les Turcs ont violé les femmes et les ont jetées avec les enfants dans des précipices.- Les Arméniens de Thrace, ont été réunis en un convoi et expédiés en Anatolie ; ils ont disparu en chemin.- A Césarée, les Arméniens on été mis en route, par groupes de mille, les hommes dans une direction, les femmes dans une autre. Lorsqu'on s'adressa au gouverneur pour obtenir que les nourrissons fussent confiés à des familles musulmanes charitables, pour les empêcher de mourir en route, il répondit ; « je ne veux pas que l'odeur même des Arméniens reste ici ; allez dans les déserts de l'Arabie et fondez-y l'Arménie. »

Ainsi l'extermination, sous couleur de déportation, continue. L'intervention des Etats-Unis, celle du délégué apostolique, ont été inefficaces. A Constantinople même, des voix honnêtes et courageuses, celle d'Ahmed-Riza entre autres, se sont élevées pour blâmer cette destruction de tout un peuple. A Smyrne, un vali énergique et indépendant, Rahmi bey, s'est contenté d'extorquer, aux Arméniens riches, de grosses sommes d'argent «  pour les besoins de l'armée, » et d'arrêter quelques membres des Comités, mais toute déportation en masse et tout massacre ont été épargnés au vilayet d'Aïdin. Enfin, à la séance du Reichstag du 11 janvier, Liebknecht a posé une question gênante au sujet des Arméniens. M. De Stumm, au nom du chancelier, répondit : « Le chancelier sait que la Porte, devant les menées de nos adversaires, s'est vue forcée d'évacuer la population arménienne de certaines régions de l'Empire ottoman et de lui fixer de nouveaux lieux de résidence. Certains effets de ces mesures ont donné lieu, entre le gouvernement allemand et le gouvernement ottoman, à un échange de vues. Des détails plus précis ne peuvent être donnés. » Au moment où le professeur Kampfmeyer, qui enseigne les langues orientales à l'Université de Berlin, célèbre, dans le Berliner Tageblatt , l'avenir triomphal des « germano-turcs, » le gouvernement impérial paraît quelque peu gêné de cette association, qui remplit d'aise le professeur, avec les massacreurs de la Jeune-Turquie.

Un journal arménien de Boston, l' Azk , publiait dernièrement ces lignes : « Les pasteurs et théologiens protestants d'Allemagne ont fait une démarche auprès du chancelier Berthamann-Hollweg pour demander son avis sur la situation en Arménie ; la réponse fut : « le gouvernement impérial considère toujours comme un des ses plus hauts devoirs d'user de son influence en faveur de tous les chrétiens. Les Chrétiens allemands peuvent être assurés que toutes les mesures possibles sont sur le point d'être prises à cet effet. » A cette occasion la Norddeutsche Allgemeine Zeitung écrit : « Tandis que les Etats alliés ont poussé les chrétiens ottomans à l'insurrection et ont créé une situation aiguë, l'Allemagne s'efforce d'améliorer la situation des chrétiens de l'Empire !... »

 

Nous aurions regretté, en vérité, que ce dernier trait manquât au tableau.

Dans le discours qu'il a prononcé au Reichstag, à l'expiration de la première année de la guerre, le chancelier a félicité les Allemands « d'avoir merveilleusement régénéré la Turquie. » Régénération à l'allemande par le massacre, le pillage et le viol ! La vérité est que l'Allemagne a réussi à exploiter la Turquie avec la complicité d'Enver, de Talaat et de quelques membres du Comité Union et Progrès ; elle en tire tout ce qu'elle peut donner dans l'intérêt allemand, mais elle la conduit à sa perte. Le massacre de plusieurs centaines de mille7 Arméniens détruit toute l'industrie et le commerce de la Turquie d'Asie ; c'est, pour l'Empire ottoman, un désastre économique. Il est prouvé une fois de plus, que, pour le Turc, toute la science du gouvernement consiste à détruire. C'est l'un des enseignements que le sort de l'Arménie apporte, à ceux qui étaient tentés de l'oublier. Il apporte, aux méditations des neutres, une autre leçon d'une portée plus haute ; par un exemple effroyable, il pose dans ses vrais termes la question pour laquelle des millions d'hommes se battent et meurent. L'hégémonie allemande, c'est l'étouffement des petites nationalités, l'écrasement des petits peuples, la force au service de toutes les oppressions et de toutes les tyrannies, pourvu qu'elles soient profitables à l'Allemagne et à sont commerce : l'ordre, pour l'Allemand, c'est le silence des faibles. Le triomphe des Alliés, au contraire, assurera le respect de toutes les nationalités constituées et conscientes d'elles-mêmes, le respect de la volonté des peuples et de leur droit imprescriptible à disposer d'eux-mêmes, car il n'y a pas, pour les forts, de devoir plus élevé, plus humainement et plus chrétiennement impératif, que d'entendre la plainte des faibles : l'ordre, pour nous, c'est la force au service de la justice.

FIN

retour sommaire
1)
Le gouvernement austro-hongrois applique les précédés turcs dans les provinces serbes de l'empire. En Bosnie-Herzégovine de nombreuse familles serbes sont chassées, leurs biens meubles et immeubles donnés à des colons allemands et hongrois. Les listes d'expropriation officiellement publiées dans les journaux locaux atteignent un total de 80.000 familles serbes pour les province de Bosnie, Herzégovine, Croatie, Slavonie, Syrmie, banat de Témesvar. (dépêche de l' Agenco des Balkans , 15 janvier 1916.) Pendant les premiers mois de guerre, les troupes austro-hongroises ont commis dans les pays slaves de l'Empire et surtout dans les pays serbes, les pires atrocités. Le détail en sera connu un jour.
2)
New-York Herald, 6 octobre 1915.
3)
C.-A. Bratter. Die Armenische Frage. Concordia. Deutsche Verlagsanstalt, Berlin.
4)
Deutsche Tageszeitung, 19 décembre 1915
5)
Gazette de la Croix, 25 février 1916
6)
« Le grand négociant arménien en tissus, Ipranossian, se vit enlever, par les officiers de l'intendance, pour quatre millions de francs de marchandises : On lui soutira pour la flotte, pour l'armée, pour le Croissant rouge, pour le Comité jeune-turc, un demi-million de francs. Puis quand on vit qu'il n'y avait plus rien à en tirer, on l'exila à Césarée ; trois jours après son arrivée dans cette ville, on annonçait sa mort ». ( Paris-Midi du 17 février 1915.)
7)
Les chiffres sont très incertains. Les journaux ont parlé de 850.000. le chiffre est sans doute exagéré, mais il peut être voisin de 500 000. Et les massacres continuent.

La suppression des Arméniens, Méthode allemande - Travail turc
René Pinon

1916 - Perrin éditions