Source(s)
Bibliothèque Livres et brochures d'époque
René Pinon

La suppression des Arméniens
Méthode allemande - Travail turc

Chapitre III

Les massacres

Sur les bas-reliefs de Ninive qui représentent les exploits et les conquêtes des Sargon ou des Assourbanipal, on voit les lamentables troupeaux des peuple vaincus, enchaînés, traînés en esclavage vers le palais des vainqueurs ; le fouet à la main, des cavaliers assyriens font avancer le troupeau humain ; ils percent de leur lances ceux qui s'écartent et foulent ceux qui tombent aux pieds de leurs chevaux ; ceux qui parviennent au terme du voyage sont égorgés ou vendus comme esclaves. Ainsi fut jadis amené à Babylone le peuple d'Israël captif. Ces temps sont revenus. La déportation des Arméniens, femmes, enfants et vieillards, n'était qu'un arrêt de mort hypocrite et déguisé. Le massacre sur place eût été plus humain et eût épargné d'épouvantables souffrances.

La scène se passe partout à peu près de la même manière. D'abord, c'est le massacre des soldats arméniens sans armes par leurs camarades armés : par centaines, par milliers, ces malheureux sont conduits en quelque endroit désert et fusillés. Ceux qu'on épargne sont astreints aux plus durs travaux, et, peu à peu, décimés. Dans les villes et les villages, l'ordre de déportation arrive : on l'affiche, aucun délai n'est en général accordé ; les Arméniens ne peuvent pas emporter leurs biens, rarement les vendre à vil prix ; ceux qui parviennent à sauver quelque argent, ne l'emportent pas loin ; soldats, gendarmes turcs, Kurdes, se jettent sur les tristes convois comme une bande de loups sur leur proie ; ils pillent tout ce qui peut avoir une valeur ; les vieillards sont tués ou périssent de faim et de fatigue ; les jeunes femmes et les jeunes filles sont entraînées de force dans le harem des Turcs ou servent aux plaisirs des soldats ; les enfant en bas âge sont arrachés à leurs mères et donnés à des Musulmans. Les Kurdes pillent et tuent ce qui a échappé à la rapacité féroce des soldats et des gendarmes. La plupart du temps les tristes caravanes ne vont pas loin ; le fusil, la baïonnette, la faim, la fatigue éclaircissent les rangs à mesure qu'elles s'avancent. Toutes les passions les plus hideuses de la bête humaine s'assouvissent aux dépens du lamentable troupeau. Il fond et disparaît. Si quelques débris parviennent jusqu'en Mésopotamie, ils y sont laissés sans abris et sans vivres dans des pays désertiques ou marécageux ; la chaleur, l'humidité tuent à coup sûr les malheureux habitués au climat rude et sain des montagnes. Toute colonisation est impossible sans ressources, sans instruments, sans aide, sans hommes valides ; les derniers restes des caravanes arméniennes achèvent de mourir de fièvre et de misère.

En présence de ces scènes d'horreur et d'épouvante, il faut laisser parler les témoins oculaires. Voici d'abord le résumé d'un document qui nous vient d'Arménie ; c'est un simple énoncé de faits, dans un forme sèche, presque administrative. Il est daté d'août 1915.

« Environ un million d'Arméniens, qui peuplaient les provinces, ont été déporté de leur partie et exilés vers le Sud. Ces déportations ont été faites très systématiquement par les autorités locales, depuis le commencement du mois d'avril. D'abord, dans tous les villages et dans toutes les villes, la population a été désarmée par les gendarmes et par les criminels élargis des prisons à cet effet et qui commettaient, sous prétexte de désarmement, des assassinats, et faisaient endurer des tortures horribles. Ensuite, on a emprisonné en masse les Arméniens, sous prétexte qu'on trouvait chez eux des armes, des livres, un nom de parti politique ; à défaut, la richesse ou une situation sociale quelconque suffisait comme prétexte.

« Et enfin, on commença la déportation. D'abord, sous prétexte d'envoyer en exil, on expatria ceux qui n'avaient pas été mis en liberté faute d'une accusation ; puis on les massacra. De ceux-ci, personne n'a échappé à la mort. Avant leur départ, l'autorité les a officiellement fouillés et a retenu tout argent ou objet de valeur. Ils étaient ordinairement liés séparément ou par groupe de cinq à dix. Le reste, vieillards, femmes et enfants, a été considéré comme épave et mis à la disposition du peuple musulman ; le plus haut fonctionnaire, comme le plus simple paysan, choisissait la femme ou la fille qui lui plaisait et la prenait comme femme, la convertissant par force à l'islamisme ; quant aux petits enfants, on en prit autant qu'on en voulait et le reste fut mis en route, affamé et sans provisions, pour être victime de la faim, si ce n'est de la cruauté des bandes. Les choses se sont passées ainsi à Kharpout. Il y eu massacres dans la province de Diarbékir, les autorités locales ont donné des facilités aux déportés : délai de cinq à dix jours, autorisations de ventes partielles de biens et liberté de louer une charrette pour quelques familles ; mais, au bout de quelques jours, les charretiers les laissaient à mi-chemin et revenaient en ville. Les caravanes ainsi formées rencontraient le lendemain, ou parfois quelques jours après, des bandes kurdes ou de paysans musulmans qui les dépouillaient entièrement. Les bandes s'unissaient aux gendarmes et tuaient les rares hommes ou jeunes gens qui se trouvaient dans les caravanes. Ils enlevaient les femmes, les jeunes filles et les enfants, ne laissant que les vieilles femmes, qui sont poussées par les gendarmes à coups de fouet et qui meurent de faim à mi-chemin. Un témoin oculaire raconte que les femmes déportées de la province d'Erzeroum ont été laissées dans la plaine de Kharpout, où toutes sont mortes de faim (quarante à cinquante par jour) et l'autorité n'a envoyé que quelques personnes pour les enterrer, afin de ne pas compromettre la santé de la population musulmane.

« Une petit fillette nous raconte que, lorsque les populations de Marsouan, Amasia et Tokat sont arrivées à Sarkischa (entre Sivas et Césarée), devant le Gouvernement même, on arracha les enfants des deux sexes à leurs mères, on les enferma dans des salles et on obligea la caravane à poursuivre son chemin ; ensuite, on fit savoir aux villages voisins que chacun pouvait en prendre à son choix ; elle et sa compagne ont été enlevées et emmenées pour un officier turc. Les caravanes de femmes et d'enfant sont exposées devant le gouvernement de chaque village où elles arrivent, pour que les musulmans fassent leur choix. La caravane partie de Baibourt (Papert) fut ainsi diminuée et les femmes et les enfants qui restaient furent ensuite précipités dans l'Euphrate, devant Erzingian.

« Ces barbaries ont été commises partout, et les voyageurs ne rencontrent, sur toutes les routes de ces provinces, que des milliers de cadavres arméniens. Un voyageur musulman, pendant sont trajet de Malatia à Sivas, qui dura neuf heures, n'a rencontré que des cadavres d'hommes et de femmes. Tous les mâles de Malatia ont été amenés là et y ont été massacrés ; les femmes et les enfants sont tous convertis à l'islamisme. Zohrab et Vartkès, les députés arméniens au Parlement ottoman, qui ont été envoyés à Diarbékir pour être jugés par le Conseil de guerre, ont été, avant d'y arriver, tuer près d'Alep.

« Les soldats arméniens aussi ont subi le même sort. D'ailleurs, tous ont été désarmés et ils travaillent pour construire des routes. Nous savons de source certaine que les soldats arméniens de la province d'Ezeroum, qui travaillaient sur la route Erzeroum-Erzingian, ont été tous massacrés. De Kharpout seul, 1.800 jeunes Arméniens furent expédiés comme soldats à Diarbékir pour y travailler ; tous ont été massacrés aux environs d'Argana. On n'a aucune nouvelle des autres localités, mais certes on leur a fait subir le même sort.

« Dans diverses villes, les Arméniens qui étaient oubliés au fond des prisons sont pendus. En un mois seulement, quelques dizaines d'Arméniens ont été pendus dans la seule ville de Césarée (Kaisarieh). Dans beaucoup d'endroits, la population arménienne, pour sauver sa vie, a voulu se convertir à l'islamisme, mais ces démarches n'ont pas été facilement accueillies, comme lors des grands massacres précédents. A Sivas, on a fait les propositions suivantes à ceux qui voulaient se convertir à l'islamisme ; confier leurs enfants, jusqu'à l'âge de douze ans, au gouvernement qui se chargera de les placer dans des orphelinats et accepter de s'expatrier pour aller s'établir là où le gouvernement leur indiquera.

« A Kharpout, on n'a pas accepté la conversion des hommes ; quant aux femmes, on a exigé, pour leur conversion, la présence d'un musulman ayant accepté de prendre chacune comme femme en mariage. Beaucoup de femmes arméniennes ont préféré se jeter dans l'Euphrate avec leurs nourrissons, ou se sont suicidées chez elles. L'Euphrate et le Tigre sont devenus le tombeau de milliers d'Arméniens.

« Ceux qui, dans les villes de la Mer-Noire, comme Trébizonde, Samsoun, Kerassonde, etc., se sont convertis, ont été envoyé à l'intérieur, dans des villes habitées entièrement par des musulmans. Chabin-Karahissar s'étant opposée au désarmement et à la déportation, a été bombardée, et toute la population, celle de la ville comme celle des champs, de même que l'évêque, a été massacrée impitoyablement.

« Enfin, de Samsoun jusqu'à Serghert et Diabékir, aucun Arménien n'existe actuellement. La plupart sont massacrés, une partie a été enlevée et une partie s'est convertie à l'Islam.

« L'histoire n'a jamais enregistré, n'a jamais parlé de pareille hécatombe ; on est porté à croire que, sous le règne du sultan Abd-ul-Hamid, les Arméniens étaient heureux. Mgr Ananis Hazarabedian, évêque de Baibourt, a été pendu sans que le jugement ait été confirmé par le gouvernement central. Mgr Besak Der-Khorenian, évêque de Kharpout, est parti au mois de mai pour aller en exil et à peine était-il éloigné de la ville qu'il fut cruellement rué. On n'a aucune nouvelle des autres évêques. Il est inutile de parler des prêtres martyrisés. Quand la population a été déportée, les églises ont été pillées et converties en mosquées, écuries, etc. On a commencé à vendre à Constantinople les objets de culte et les meubles des églises arméniennes, de même que les Turcs ont commencé à emmener à Constantinople les enfants des malheureuses mères arméniennes.

« La population de Cilicie a été exilée dans la province d'Alep, ou à Damas, où elle périra certes de faim. Le gouvernement n'a pas voulu garder dans leur ville même la petite colonie arménienne d'Alep et d'Ourfa, pour qu'elle puisse secourir ses malheureux frères qui ont été poussés vers le Sud.

« Le projet du gouvernement est évidemment, pour en finir une fois pour toutes avec la question arménienne, d'évacuer les Arméniens de six provinces arméniennes et de la Cilicie. Malheureusement, ce projet est plus vaste encore et plus radical ; il consiste à exterminer toute la population arménienne dans toute la Turquie. Et il vient d'être mis à exécution même dans la banlieue de Constantinople. La plupart des Arméniens du district d'Ismidt et de la province de Brousse, d'Adabazar, de Gueyvé, d'Armache, sont, par force, envoyés en Mésopotamie, abandonnant leurs foyers et leur biens.

« A Constantinople, la population, prise d'une grande frayeur, attend l'exécution de sa condamnation d'un moment à l'autre. Les arrestations sont illimitées et les personnes arrêtées sont aussitôt éloignées de la capitale ; la plupart certes ne sauveront pas leur vie. Ce sont les commerçants en vue, nés dans les provinces, mais établis à Constantinople, qui sont pour le moment éloignés.

Voici maintenant des extraits d'un autre récit, plus personnel, plus imprégné de pitié et d'indignation. Il relate les expériences de deux infirmières de la Croix-Rouge allemande, qui sont restées à Erzeroum d'octobre 1914 à Avril 1915, au service de la Deutsche Militärmission. L'une d'elles est Mlle Flora A. Wedel-Yaralsberg , qui appartient à une famille norvégienne bien connue. Nous donnons ici d'important fragments de ce témoignage que les Allemands, sans doute, ne récuseront pas1.

« ... Au mois de mars 1915, nous apprîmes par un docteur arménien, mort ensuite du typhus, que le gouvernement préparait un grand massacre... Par l'intermédiaire du consul allemand d'Erzeroum, qui avait aussi la confiance des Arméniens, nous fûmes engagées par la Croix-Rouge d' Erzingian et nous y travaillâmes sept semaines.

« Au commencement de juin, le chef de la Mission de la Croix Rouge d' Erzingian , docteur d' Etat-Major X. {Dr. Colley}, nous dit que les Arméniens s'étaient révoltés à Van, qu'on avait pris des mesures qui seraient généralisées et que toute la population arménienne d' Erzingian et des environs serait transportée en Mésopotamie, où elle ne serait plus en majorité, mais qu'il n'y aurait pas des massacres, qu'on prendrait des mesures pour les nourrir et garantir leur sécurité par une escorte militaire. On aurait trouvé à Erzingian des voitures chargées d'armes et de bombes et il y aurait eu des arrestations. On défendit au personnel de la Croix-Rouge tout rapport avec les expulsés et on leur interdit les promenades à pied ou à cheval à quelque distance.

« ... Alors, on donna quelques jours à la population d' Erzingian pour vendre ses biens, ce qui fut fait naturellement à des prix dérisoires. Dans la première semaine de juin, premier convoi ; on permit aux gens riches de louer des voitures. Ils devaient aller à Kharpout . Beaucoup d'enfants furent recueillis par des familles musulmanes ; plus tard on décida que ceux-là aussi devaient partir.

« Les familles des Arméniens qui servaient dans notre hôpital durent partir, même une femme malade ; une protestation du Dr Neukirch ne servit qu'à retarder de deux jours son départ. Un soldat arménien, employé chez nous comme cordonnier, dit à soeur X.{Eva Elvers} : « Maintenant, j'ai quarante-six ans et on me prend cependant comme soldat, quoique j'aie payé chaque semaine ma taxe d'exemption. Je n'ai jamais rien fait contre le gouvernement et on m'enlève toute ma famille, ma mère, qui a soixante-dix ans, ma femme et cinq enfants et je ne sais où ils vont. » Il pleure surtout sur sa petite fille de un an et demi : «  elle est si jolie, de si beaux yeux. » Il pleurait comme un enfant. Le lendemain il revint : « Je sais, ils sont tous morts. » Notre cuisinière turque nous raconta, en pleurant, que les Kurdes avaient attaqué, à Kemagh Boghaz , le misérable convoi, l'avaient complètement pillé et en avaient tué un grand nombre. Cela devait être le 14 juin.

« ...Des soldats nous ont raconté comment ces malheureux sans armes avaient été tous massacrés. Il avait fallu quatre heures. Les femmes se jetaient à genoux, elles avaient jeté leurs enfants dans l'Euphrate... Un jeune soldat de bonne façon disait : « C'était horrible, je ne pouvais pas tirer, je fis semblant. » Nous avant du reste souvent entendu des Turcs exprimer leur blâme et leur pitié. Ils racontèrent qu'il y avait des chariots à boufs tout prêts pour transporter les cadavres à la rivière et pour effacer les traces du massacre. Le soir du 11 on voyait des soldats rentrer chargés de butin. Turcs et Arméniens racontaient que beaucoup d'enfants morts étaient épars sur la route.

« Depuis ce moment arrivaient constamment des caravanes d'expulsés, tous emmenés pour être tués ;. on attachait les mains des victimes et on les précipitait du faut des rochers dans le fleuve. On a usé de ce moyen quand les masses ont été trop grandes pour les tuer autrement.

« ...Soeur X. {Eva Elvers} et moi nous nous décidâmes à accompagner à Kharpout un des convois. Nous ne savions pas encore que le massacre en route avait été ordonné par le gouvernement et nous croyions pouvoir empêcher les brutalités des gendarmes et les attaques des Kurdes, dont nous connaissons la langue et sur lesquels nous avons de l'influence.

« Nous télégraphiâmes alors au consul allemand d'Erzeroum, lui racontant que nous avions été congédiées de l'hôpital et lui demandant, dans l'intérêt de l'Allemagne, de venir à Erzingian . Il répondit : « Impossible de quitter mon poste, j'attends des Autrichiens qui doivent passer ici le 22 juin. »

« Le 17 juin au soir, nous rencontrâmes un gendarme qui nous raconta qu'à dix minutes de là, un grand convoi d'expulsés de Baibourt était arrêté. Il nous raconta d'une manière saisissante comment, peu à peu, les hommes avaient été massacrés et jetés dans le fond de la gorge : « Tuez, tuez, poussez-les ! » comment, à chaque village, les femmes avaient été violées, comment lui même avait voulu s'emparer d'une jeune fille, mais on lui avait dit qu'elle n'était déjà plus une jeune fille, : comment on avait brisé la tête des enfants, quand ils criaient ou retardaient la marche. « J'ai fait enterrer trois cadavres nus de jeunes filles pour faire une bonne action, » telle fut sa conclusion.

« Le matin suivant, nous entendîmes passer le cortège des expulsés sur la grande route qui mène à Erzingian . C'était une grande troupe, deux ou trois hommes seulement, tout le reste des femmes et des enfants. Beaucoup de femmes avaient l'air folles. Elles criaient : « Sauvez-nous, nous nous ferons musulmanes ou allemandes, ou tout ce que vous voudrez. » D'autres se taisaient et marchaient patiemment avec quelques paquets sur le dos et leurs enfants à la main. D'autres nous suppliaient de sauver leurs enfants. Beaucoup de Turcs venaient chercher des enfants et des jeunes filles, avec ou sans le consentement des parents. Il n'y avait point de temps pour réfléchir, car la troupe était sans cesse poussée en avant par des gendarmes à cheval, qui brandissaient leurs fouets. A l'entrée de la ville. il y avait comme un marché d'esclaves ; nous prenons nous-mêmes six enfants entre trois et quatorze ans qui se cramponnent à nous. Avec des cris de douleur, la troupe des misérables continue sa route, pendant que nous retournons à l'hôpital avec nos six enfants. Le Dr X. nous permet de les garder dans notre chambre. Le plus petit, fils d'un homme riche de Baibourt , caché dans le manteau de sa mère, le visage gonflé par les pleurs, ne peut se consoler. Un moment, il se précipité à la fenêtre, en montrant un gendarme : « voilà celui qui a tué mon père. »

« ... Nous nous rendîmes ensuite à cheval dans la ville, afin d'obtenir pour ces enfants la permission de voyager. On nous dit que les autorités étaient en séances, pour décider du sort du convoi qui venait d'arriver. Dans la nuit on frappa violemment à la porte et on s'informa s'il y avait deux femmes allemandes. Puis, tout redevint tranquille, au grand contentement de nos petits. Leur première demande avait été si nous empêcherions qu'ils devinssent musulmans, et si notre croix (la croix rouge des infirmières), était la même que la leur. Alors ils furent calmés. Le Hodja (prêtre turc) de notre hôpital arriva et nous dit : « Si Dieu n'a pas pitié, pourquoi voulez-vous avoir pitié ? Les Arméniens ont commis des cruautés à Van. Cela est arrivé parce que leur religion est Ekasik (inférieure). Les Musulmans n'auraient pas dû suivre leur exemple, mais exécuter le massacre d'une manière plus clémente. »

« ... Alors nous nous rendîmes chez le Mutessarif lui-même. Cet homme avait l'air d'un démon en personne et sa conduite correspondit à son apparence. Avec une voix de tonnerre, il nous cria : « les femmes n'ont pas à se mêler de politique, mais devraient respecter le gouvernement ! » Nous lui dîmes que nous aurions agi exactement de même si ces malheureux avaient été des Musulmans, que la politique n'avait donc rien à voir dans notre conduite. Il répondit, qu'il ne voulait plus nous supporter et qu'il nous enverrait à Sivas. Il ne nous permit pas d'emmener les enfants, mais il envoya immédiatement un gendarme pour les faire sortir de notre chambre... Au moment de notre départ, on nous dit qu'ils étaient déjà tués et que nous n'avions aucune possibilité de faire une enquête.

« ... En même temps que nous, voyageaient deux officiers turcs, qui étaient en réalité des Arméniens, à ce que nous dit le gendarme qui nous accompagnait. Ils cherchaient toujours à ne pas se séparer de nous : le quatrième jour, nous ne les vîmes pas paraître. Quand nous nous informâmes d'eux, on nous fit comprendre que moins nous nous en occuperions, mieux cela vaudrait pour nous. En route, nous fïmes halte près d'un village grec. Un homme à figure sauvage était sur le passage. Il commença à nous parler et nous dit qu'il était posté là pour tuer les Arméniens qui passeraient, qu'il en avait déjà tué 250. Ils méritaient tous la mort, car ils étaient tous des anarchistes, des libéraux, des socialistes. Il raconta aux gendarmes qu'il avait reçu l'ordre téléphonique de tuer nos deux compagnons de voyages.

« ... Un jour nous rencontrâmes un convoi d'expulsés, qui avaient dit adieu à leurs beaux villages et qui étaient, à cette heure, sur la route de Kemagh Boghaz . Nous avions dû stationner longtemps, pendant qu'ils défilaient. Nous n'oublierons jamais ce que nous avons vu : un petit nombre d'hommes âgés, beaucoup de femmes, formes vigoureuses aux traits énergiques, une foule de jolis enfants, quelques-uns blonds avec les yeux bleus ; une petit fille souriait, en voyant cet étrange spectacle, mais sur tous les autres visages, le sérieux de la mort ; il n'y avait aucun bruit, tout était calme et ils défilaient en ordre, les enfants généralement sur des chars à boufs ; ils passaient, quelques-uns en nous saluant, tous ces malheureux qui sont maintenant devant le trône de Dieu et y élèvent leurs plaintes. Une vieille femme fut descendue de son âne, elle ne pouvait plus se tenir. L'a-t-on tuée sur place ? Nos cours étaient devenus comme de la glace.

« Le gendarme qui nous accompagnait nous raconta alors qu'il avait accompagné un convoi de trois mille femmes et enfants de Mamakhatun , près Erzeroum, à Kemagh Boghaz  : « Hep gildi , bildi , » dit-il. « Tous loin, tous morts. » Nous lui dîmes : « Mais pourquoi les soumettre à cet affreux supplice, pourquoi ne pas les tuer dans leur village ? » Réponse : « Cela est bien comme cela, ils doivent être misérables et d'ailleurs où pourrions-nous rester avec tous ces cadavres ? Ils sentiront mauvais ! »

« ... Au matin nos gens nous racontèrent qu'on avait fusillé dix Arméniens - c'était ce que nous avions entendu - et qu'on envoyait maintenant les civils turcs à la chasse. Nous les vîmes en effet partir à cheval avec des fusils. Au bord de la route deux hommes armés se partageaient, arrêtés sous un arbre, les vêtements d'un mort. Nous vîmes à une place beaucoup de sang caillé ; les cadavres n'y étaient plus. C'étaient les 250 travailleurs aux routes dont notre gendarme nous avait parlé.

« ...Une fois nous rencontrâmes une grande quantité de ces travailleurs aux routes, qui avaient jusque là accompli leur travail en paix. On les avait partagés en trois bandes : Musulmans, Grecs, Arméniens. Auprès de ces derniers, étaient quelques officiers. Notre jeune Hassan s'écria : « on va tous les abattre. » Nous continuâmes notre route, en montant une colline. Alors notre cocher nous indiqua avec son fouet la direction de la vallée et nous vîmes qu'on faisait sortir de la grande route ces gens, quatre cents environ, on les faisait mettre en ligne, au bord d'une pente du terrain. Nous savons ce qui est arrivé.

« ... Dans un autre endroit, tandis que dix gendarmes fusillaient, des ouvriers turcs achevaient les victimes avec des couteaux et des pierres... Douze heures avant Sivas, nous passâmes la nuit dans une maison du gouvernement. Longtemps un gendarme, assis devant notre porte, se chantait sans interruption à lui-même : «  Ermenlery hep Kesdiler . - Les Arméniens sont tous tués. » Dans la chambre à côté, on parlait au téléphone. Nous comprîmes que l'on donnait des instructions sur la manière d'arrêter les Arméniens. On parlait surtout d'un Ohannès , que l'on n'avait pas pu trouver.

« Une nuit, nous couchâmes dans une maison arménienne, où les femmes venaient d'apprendre la condamnation à mort des hommes de la famille. C'était affreux d'entendre les cris de douleur. En vain, nous essayâmes de leur parler : « Est-ce que votre Empereur ne peut pas nous secourir ! » criaient-elles. Le gendarme dit : « Nous tuons d'abord les Arméniens, puis les Kurdes. » Il aurait certainement aimé à ajouter : « et puis les étrangers ! » Notre cocher grec avait à subir plus d'un cruelle plaisanterie : « Regarde dans la fosse, il y a aussi des Grecs. »

« Enfin nous arrivâmes à Sivas. »

La revue protestante allemande Allgemeine Missions-Zeitschrift , éditée par le Professeur Richter et le Dr Joh . Warneck et publiée à Berlin chez Martin Warneck ( Schellingstrasse 6) a reproduit, dan son numéro de novembre 1915, (pages 506 et suivantes) une partie du récit des deux infirmières.

Elle y ajoute le passage suivant :

« Entre le 10 et le 30 mais, on arrêta 1200 autres notables Arméniens et d'autres chrétiens sans distinction de confession, dans les vilayets de Diarbékir et de Mamouret-el-Alziz . Le 20 mais, 674 d'entre eux furent embarqués sur 13 chalands du Tigre, sous prétexte qu'on voulait les mener à Mossoul. L'aide de camp de Vali , assisté des 50 gendarmes, conduisait le convoi. La moitié des gendarmes était répartie sur les chalands, tandis que l'autre moitié chevauchait sur la berge. Peu de temps après le départ on enleva aux prisonniers tout leur argent (environ 6.000 livres), puis leurs vêtements et on les précipita dans le fleuve. Les gendarmes de la berge étaient chargés de n'en laisser aucun s'échapper. Les habits de ces malheureux furent vendus au marché de Diarbékir .

« Dans le vilayet d'Alep, on a expulsé les habitants de Hadschin , Scheer , Albistan , Gockjoun , Tascholouk , Zeitoun , de tous les villages de l' Alabasch  : Geben , Schivilgi , Fournouss , des villages voisins, Foundatschak , Hassanbeli , Charne , Lappaschli , Doertiol et d'autres localités. On les a expédiés en colonnes dans le désert, sous prétexte qu'on voulait les y établir. Dans le village de Tel-Armen (le long du chemin de fer de Bagdad, près de Mossoul et dans les villages voisins, toute la population, environ 5.000 personnes, fut massacrée , sauf quelques femmes et quelques enfants. On jetait les gens tout vivants dans les puits ou dans le feu. On prétend que les Arméniens doivent servir à coloniser les terrains situés à une distance de 24 à 30 kilomètres du chemin de fer de Bagdad. Mais comme l'on n'exile que les femmes et les enfants, comme tous les hommes à l'exception des vieux sont à la guerre, cela équivaut à massacrer les familles, puisqu'il n'existe ni main d'oeuvre, ni argent, pour défricher le pays.

« Un allemand rencontra un soldat de sa connaissance, qui allait en permission à Jérusalem. L'homme errait le long de l'Euphrate et cherchait sa femme et ses enfants qu'on prétendait avoir été transportés dans cette région. On rencontre souvent de ces malheureux à Alep, parce qu'ils pensent pouvoir apprendre là des détails plus précis sur la résidence de leurs proches. Il est souvent arrivé qu'un membre d'une famille, après une longue absence, ne retrouvât à son retour aucun des siens, vu qu'on les avait tous chassés, absolument tous. Pendant un moi on observa presque tous les jours dans l'Euphrate des cadavres allant à la dérive, souvent de deux à six corps liés ensemble. Les cadavres d'hommes sont presque tous très mutilés, les cadavres de femmes ont le ventre ouvert. Le gouvernement militaire turc de l'Euphrate refuse de faire enterrer les cadavres, parce qu'il est impossible d'établir pour les hommes s'il s'agit de musulmans ou de chrétiens ; il ajoute qu'on ne lui en a pas donné l'ordre. Les cadavres poussés sur la berge sont dévorés par les chiens et les vautours. Il y a, sur ce point, de nombreux témoins oculaires, des Allemands. Un employé du chemin de fer de Bagdad a raconté qu'à Biredjik les prisons se remplissent tous les jours et se vident pendant la nuit dans l'Euphrate. Un capitaine de cavalerie allemand a vu, entre Diarbékir et Urfa, d'innombrables cadavres gisants sans sépulture le long du chemin. »

Citons encore, entre beaucoup d'autres, quelques extraits de témoignages particulièrement importants en raison des personnes de qui ils émanent.

Du consul des Etats-Unis à Kharpout (11 juillet 1915) :

« ...Dans les premiers jours de juillet, on vit arriver à Kharpout les premier convois d'Erzeroum et d' Erzingian , en haillons, sales, affamés, malades. Ils étaient restés deux mois en route, presque sans nourriture, sans eau. On leur donna du foin, comme à des bêtes ; ils étaient si affamés qu'ils se jetèrent dessus ; mais les zaptiehs (gendarmes) les repoussaient avec des bâtons, et quelques-uns furent tués. Les mères offraient leurs enfants à tous ceux qui voulaient les prendre. Les Turcs envoyèrent leurs médecins pour examiner les jeunes filles au point de vue sanitaire et pour choisir les plus jolies pour leur harem. D'après les récits de ces malheureux, le plus grand nombre avait été tué en route, constamment attaqués par les Kurdes ; beaucoup étaient morts de faim et d'épuisement.

« Deux jours après, nouvelle arrivée de convois. Il se trouvait dans le nombre trois soeurs qui parlaient anglais, appartenant à l'une des plus riches familles d'Erzeroum. Sur vingt-cinq membres de leur famille, onze avaient été tués en route. Le mari de l'une d'elle et leur vieille grand'mère avaient été massacrés par les Kurdes sous leurs yeux. Un garçon de huit ans était le plus âgé des mâles survivants. En route, on leur avait tout pris, même les vêtements qu'ils avaient sur le corps ; une était absolument nue ; les deux autres avaient chacune un linge. Dans un village, des gendarmes leur avaient donné quelques vêtements des habitants. La fille du pasteur protestant d'Erzeroum était là, tous les membres de sa famille avaient été tués en route par les bandes kurdes, qui les attendaient au passage, les hommes en premier lieu, mais aussi les femmes et les enfants. Tout était soigneusement organisé, comme dans les précédents massacres.

« A Kharpout , les mesures de déportation commencèrent par l'arrestation de plusieurs milliers d'hommes. On a dit que tous ceux qui avaient été conduits dans la montagne y avaient été tués. Le matin de 5 juillet, on en arrêta encore 800, et le 6, on les envoya dans la montagne. Là ils furent attachés par groupes de quatorze, c'était la longueur de la corde, et on les fusilla. Dans un village voisin, une autre troupe fut enfermée dans la mosquée et dans les maisons les plus proches, on les y laissa trois jours sans nourriture et sans eau, puis ils furent emmenés dans une vallée voisine, adossés à une paroi de rochers et fusillés, les survivants achevés à coups de baïonnette et de couteau ; deux ou trois échappèrent et racontèrent. Dans cette troupe se trouvait le trésorier du collège américain.

« On n'a formulé aucune accusation contre aucun de ces hommes ; il n'y a eu aucune apparence de jugement...

« Le gouvernement veut supprimer toute possibilité pour la Mission (américaine) de continuer son travail d'éducation ; personne ne doit avoir de rapports avec aucun étranger, le pays doit être exclusivement musulman. »

Du consul des Etats-Unis à Trébizonde (28 juillet) :

«  Un grand nombre de notables, environ six cents hommes, furent chargés sur des bateaux transports pour les emmener à Samsoun . Au bout de quelques heures, les bateaux rentrèrent vides. Au large, d'autres bateaux avec des gendarmes les attendaient : tout avait été tué et jeté à la mer.

« A Totz , près de Trébizonde, un arménien notable, Bogos Marimian fut attaché avec ses fils, et, ainsi, les trois furent simultanément fusillés par les gendarmes. Les femmes et les filles d' Artes furent violées par des officiers turcs, qui les passèrent ensuite aux gendarmes. On tuait les enfants en leur brisant le crâne contre les rochers ; les hommes ont été exécutés en masse. Parmi eux était le drogman arménien du consulat français.

« Dans les premiers jours, on avait formé le projet de fonder un orphelinat pour les enfants, les plus petit, dont les parents étaient tués... Quoique le consul américain et l'archevêque grec eussent fait tout ce qui était possible pour assurer l'exécution de ce plan, le vali dut , sur l'ordre de Naïl bey, chef des Itihadistes2, y renoncer ; les dix plus jolies des jeunes filles que l'on avait gardées furent placées par un membre du Comité itihadiste dans une maison pour y servir à ses plaisirs et à ceux de ses amis ; les autres furent dispersées dans des maisons musulmanes ; quelques-uns des enfants purent être placés dans d'honnêtes familles musulmanes, les autres furent chassé dans la rue pour être déportés.

« Les maisons arméniennes furent démeublées par la police. Il n'y eut point d'inventaire, tout ce qui avait de la valeur fut entassé dans des magasins. Ce qui fut laissé fut pillé par la populace. La populace suivait, comme une meute de loups, les convois de déportés pour s'emparer de tout ce qu'il était possible de prendre. Chaque jour, nous voyions ce spectacle dans la rue. Le dépouillement des maisons arméniennes dura plusieurs semaines.

« Quinze jours avant le commencement de la déportation, les Arméniens enrôlés, qui ne servaient que comme employés aux constructions, aux routes, aux transports, environ 180 hommes, furent emmenés à l'écart et tués. Un soldat turc, envoyé plus tard pour enterrer les corps, raconta qu'on leur avait enlevé tous leurs vêtements et qu'on les avait enterrés absolument nus.

« Un haut fonctionnaire turc exprima au consul son indignation contre les ordres du gouvernement.

« Il n'y a eu aucune enquête pour distinguer les innocents et les coupables, ceux qui étaient opposés au gouvernement de ceux qui ne l'étaient pas. être Arménien, c'était être coupable. »

Extraits du Sonnenaufgang , organe du Deutscher Hilfbund für christliches Liebeswerk in Orient3 (1er septembre 1915)

 «  Marach, 4 juin . - Nous venons de recueillir quinze bébés. Trois sont déjà Morts ; ils étaient effroyablement maigres et misérables quand on les a trouvés. Ah ! si nous pouvions écrire tout ce que nous voyons !...

« A Alep et Urfa, on rassemble les caravanes de déportés. D'avril à juillet, il en est passé environ 50.000. Les jeunes filles sont presque toutes emmenées par les soldats ou par les auxiliaires arabes. Un père désespéré m'a supplié de prendre avec moi sa fille âgée de quinze ans, qu'il ne pouvait plus défendre contre les tentatives de viol. Les enfants abandonnés sur la route à la suite de la colonne sont innombrables. Les femmes qui accouchent en route doivent prendre la marche immédiatement. Près d' Aintab , une femme mit au monde, une nuit, deux jumeaux. Elle dut abandonner les deux enfants sous un buisson ; un peu plus loin elle tomba elle-même. Une autre accoucha en marchant, dut continuer sa route et bientôt tomba morte. Il y eu plusieurs cas de même genre entre Marach et Alep.

« Les habitants de Schaar ont eu la permission de prendre leur mobilier. En route, l'ordre fut donné d'abandonner la route pour prendre les chemins de montagne. Il fallut tout laisser sur la route, chars, boufs, mobilier, etc., et reprendre la marche à pied dans la montagne. Vu le grande chaleur une quantité de femmes et d'enfants ne tardèrent pas à mourir.

« Des 30.000 déportés de cette région, on n'a aucune nouvelle ; ils ne sont arrivés ni à Alep ni à Urfa. »

Nous pourrions multiplier ces récits, accumuler témoignages sur témoignages, raconter par exemple, comment en beaucoup d'endroits, avant de mettre en route les caravanes, et comme pour s'assurer qu'elles n'iraient pas loin, les bourreaux turcs commencèrent par écraser sous les coups de bâton la plante des pieds des hommes : nous n'ajouterions au tableau que des détails. Contentons-nous de renvoyer à quelques publications sérieuses, documentées et impartiales ; telles sont le Rapport du Comité américaine New-York sur les atrocités commises en Arménie (octobre 1915) et la brochure : Armenian atrocities . The Murder of a nation , par Arnol J. Toynbee, précédée du superbe discours prononcé par lord Bryce à la Chambre des Lords (Londres et New-York , Hodder et Stroughton ). Voyez aussi : l'Arménie, les Massacres et la Question de l'Orient (édition de Foi et Vie ) par M. Emile Doumergue. Enfin a paru récemment une émouvante et substantielle brochure, La page la plus noire de l'histoire moderne. Les derniers massacres d'Arménie. Les responsabilités, par Herbert Adams Gibbons.

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1)
Ce récit a paru in extenso dans la brochure : Quelques documents sur le sort des arméniens en 1915 , publiée par le comité de l'Union de secours aux Arméniens (Genève, Société générale d'imprimerie). Le récit est daté du 19 juillet 1915.
2)
Comité Union et Progrès.
3)
Association allemande pour la charité chrétienne en Orient

La suppression des Arméniens, Méthode allemande - Travail turc
René Pinon

1916 - Perrin éditions