Claude Mutafian / CCAF

90 ans après
Le génocide des Arméniens

Quelques lézardes dans le tabou en Turquie

Malgré tous ces signaux inquiétants, les choses bougent en Turquie, et on assiste à un mouvement certes encore limité, mais qui était, il y a une vingtaine ou même une quinzaine d'années, totalement inimaginable. Ainsi, la maison d'édition stambouliote Belge a eu le courage de publier les traductions turques de plusieurs livres considérés comme compromettants, tels celui de Yves Ternon ou Les quarante jours du Moussa Dagh de Franz Werfel. Des pétitions d'intellectuels turcs ont circulé, demandant à Ankara de reconnaître les faits du passé. Des journalistes turcs ont écrit des articles en ce sens dans divers organes de presse occidentaux. Un historien turc, Taner Akçam, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le génocide, en turc, en allemand, en anglais. à Istanbul en janvier 2005, une exposition de cartes postales arméniennes a obtenu un gros succès. « Quand la Turquie redécouvre sa mémoire arménienne », titrait à cette occasion le quotidien français Libération : l'édifice se lézarde bel et bien.

Le quartier arménien de Eskichéhir

Le quartier arménien de Eskichéhir (Anatolie occidentale) en 1906 : une des cartes postales de l'exposition d'Istanbul en 2005

 

Les dirigeants turcs vont jusqu'à évoquer la nécessité d'une confrontation entre historiens pour « établir la vérité ». C'est bien entendu un piège, car l'accepter reviendrait à admettre que les faits sont encore sujets à discussion. Une des conséquences serait l'arrêt du processus en cours des reconnaissances du génocide par les différents états. Là encore il s'agit toutefois d'une nouveauté dans les propos par rapport au tabou de rigueur jusqu'ici : les autorités turques reconnaissent ainsi que leur version de la réalité est sujette à discussion.

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