Grigoris Balakian

LE GOLGOTHA ARMÉNIEN

Le Cercle d'écrits caucasiens - trad. H. Bédrossian

Premier Tome (08/2002)

Le golotha Arménien, Balakian, Premier Tome

Plus de quatre-vingt cinq ans après le génocide des Arméniens perpétré en 1915-1917 dans l’Empire ottoman par le gouvernement criminel jeune-turc, très peu de témoignages directs de survivants ont été publiés à l’intention du public occidental. La raison principale en est que l’élite intellectuelle d’une nation multi-séculaire ayant été méthodiquement exterminée, forfait inouï dans l’histoire de l’humanité aussi bien avant qu’après 1915, les rescapés réduits à l’état d’épaves furent incapables, pour des raisons psychologiques notamment, de raconter par l’écrit leur chemin de croix individuel et moins encore celui d’un peuple tout entier.

Les mémoires de Grigoris BALAKIAN, qui comblent ce vide, sont précieux à plus d’un titre. D’abord, l’auteur en a entrepris la rédaction dès 1919-1920, soit cinq ans à peine après le déclenchement du génocide en avril 1915 ; en dépit des horreurs traversées, dont lez cauchemar avait annihilé la volonté des survivants de se les remémorer une nouvelle fois, il démontre une formidable détermination à les mettre noir sur blanc avant que le temps ait fait son œuvre. Du début jusqu’à la fin, son témoignage reflète d’ailleurs sa volonté d’en réchapper coûte que coûte afin de faire connaître le martyre de sa nation.
Ensuite, c’est un homme d’Eglise intransigeant et lucide qui, par son rang dans la hiérarchie cléricale arménienne de l’époque et par sa connaissance des acteurs politiques, est au fait des manœuvres en coulisse… Enfin, le langage dur, souvent virulent, qu’il emploie tant à l’égard des assassins que des victimes confère un crédit incontestable à son témoignage.
Des révélations notamment sur le rôle d’inspirateur, voire d’instigateur, que l’Allemagne kaiserienne joua dans l’anéantissement physique et culturel de la nation arménienne sur son sol ancestral et sur des avantages matériels immédiats qu’elle en retira, donnent de cette Allemagne l’image du responsable moral du génocide et constituent de sérieuses pistes pour des historiens cherchant à savoir à qui profite le crime.
Ajoutés à ces révélations, d’autres témoignages et aveux recueillis par l’auteur devraient inciter l’éventuel lecteur turc à s’interroger sur les motivations profondes des sphères dirigeantes ottomanes tant connues qu’occultes de cette époque, dont la préoccupation première n’était à l’évidence pas le bien-être futur du peuple turc, ni l’infamie qui ne manquerait pas de marquer celui-ci pour très longtemps.

Hratch BEDROSSIAN

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Deuxième Tome (septembre 2004)

Le Golgotha arménien, tome2, de BalakianDans cette deuxième partie et fin de ses Mémoires consacrés au génocide des Arméniens par le gouvernement des Jeunes-Turcs (déjà laïque en 1908-1918, on ne le dira jamais assez!), Grigoris Balakian retrace la période entre le printemps 1916, lorsque, sûr et certain de ne pas en réchapper, il s'enfuit de la caravane de déportés arrivée à Islahiyé après une harassante marche à pied du nord au sud de l'Asie-Mineure, et l'hiver 1918, lorsqu'il quitte la Turquie où il assiste à des événements qui ne lui laissent rien présager de bon pour l'avenir.
Durant ces deux ans et demi, conscient de l'extrême gravité de la situation et de la volonté des Jeunes-Turcs d'effacer toute trace des Arméniens de leur terre ancestrale, même de ceux bénéficiant de la toute relative protection des Allemands qui les emploient à la construction du chemin de fer de Bagdad, il va changer plusieurs fois de cachette et d'identité pour échapper aux recherches, puis à la déportation et à l'assassinat dont seront victimes les quelques 13.000 employés et ouvriers arméniens des chantiers des tunnels dans les montagnes de l'Amanus et du Taurus, en dépit des nombreuses protestations des ingénieurs-géomètres allemands, autrichiens et suisses adressées au quartier général allemand à Constantinople et de leurs tentatives de les sauver.
Comme dans la première partie, Grigoris Balakian ne se contente pas de rapporter les événements, il se livre avec lucidité à leur analyse, une analyse que des années, voire des décennies plus tard sera faite par des chercheurs et des historiens. Cette lucidité s'accompagne d'un franc-parler et d'un langage souvent virulent qui lui sont propres. Il ne mâche pas ses mots à l'endroit ni des Turcs, ni de leurs alliés allemands qui assistent passivement à l'extermination des Arméniens, ni plus tard des vainqueurs dont les turpitudes, les compromissions, les trahisons le révoltent dès le lendemain de l'armistice. Impartial et objectif, il stigmatise aussi les siens, les uns pour leur naïveté, les autres pour leur impéritie, d'autres encore pour leur ignoble collaboration avec les bourreaux de sa nation et contre lesquels, tout homme d'église qu'il soit, il prononce une condamnation sans appel totalement dépourvue de pardon chrétien.

(présentation éditeur, Le cercle d'écrits caucasiens)

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