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Bibliothèque Livres et brochures d'époque

Les Persécutions antihelléniques en Turquie
depuis le début de la guerre européenne

Chapitre II

Trébizonde

« Dans la journée du 15 avril (1916), les habitants de 16 villages de la circonscription de Bazelone et de Trébizonde reçurent, des autorités militaires, l'ordre de se retirer à l'intérieur de Guiouzouschané. Craignant de se voir massacrer à l'exemple des Arméniens, ils se réfugièrent dans les forêts, espérant qu'une rapide avance de l'armée russe leur apporterait le salut.

« Six cent cinquante d'entre eux se réfugièrent au monastère de Bazelone où 130 réfugiés de Trébizonde s'y trouvaient déjà. Mille deux cents se cachèrent dans une grande grotte située près du village de Kounaka. Les autres se dispersèrent un peu partout. Leurs maisons furent saccagées, leurs fortunes pillées par l'armée turque.

« Poussés parla faim, les réfugiés de la grotte de Kounaka durent se rendre. Vingt-six femmes et jeunes filles, pour éviter le déshonneur, se précipitèrent dans un fleuve situé aux abords du village de Gephira. Malgré tous les efforts de leurs compagnons pour les sauver, elles périrent tragiquement.

« Du 5 avril au 6 juillet, la sauvagerie des Turcs ne connut plus de bornes. On compte par centaines les victimes qui furent assassinées et torturées. Un témoin oculaire rapporte qu'il fut un des premiers à se rendre à Gioumoushané après l'avance de l'armée russe. Le spectacle qui s'offrit à ses yeux fut terrifiant.

« De ce qui fut des villages, il ne resta plus la moindre trace. Seul le feu avait manqué à la complète dévastation. Cinq cadavres de Grecs, en décomposition, jonchaient la cour du monastère de Bazelone. L'un d'eux appartenait au révérend père Constantinou du village de Thessa. Cinq autres furent retrouvés à l'intérieur du monastère. Dans une des chambres, on découvrit le corps décapité d'une jeune fille de 20 ans, nommée Kyriaki, du village de Thessa ; la poitrine était défoncée et le corps portait les marques évidentes de viol.

« Selon l'aveu de deux chrétiens rescapés, la malheureuse fille fut arrêtée avec ses amies, en plein bois, par neuf Turcs qui voulaient à tout prix l'obliger à se déshabiller. A son refus, elle fut menée dans le monastère et violée, avant d'être massacrée. »

(Rapport en date du 30 août 1916, transmis par la Légation de Grèce à Pétrograd, n° 1570, Archivesn° 9067.)

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 Les persécution antihelléniques en Turquie depuis le début de la guerre européenne. D'après les rapports officiels des agents diplomatiques et consulaires.
PARIS, LIBRAIRIE BERNARD GRASSET, 1918