Dossier
PÉDAGOGIQUE
 

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100 REPONSES - Fiches 091 à 100
fiches : 01 à 10 | 11 à 20 | 21 à 30 | 31 à 40 | 41 à 50 | 51 à 60 | 61 à 70 | 71 à 80 | 81 à 90 | 91 à 100
091 – Le génocide des Arméniens est considéré comme le premier génocide du XXe siècle, Pourquoi ?

 Si le XXe siècle est inauguré par l'extermination des Hereros en Afrique par les colonisateurs allemands (1904), le génocide des Arméniens en 1915-1916 apparaît, par sa modernité, son ampleur et son organisation méthodique, comme le prototype des autres génocides du siècle, dont celui des juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Son impunité a certainement encouragé d'autres crimes de masse. Une pièce de l'accusation au procès de Goering à Nuremberg rapporte des mots prononcés par Hitler à l'Obersalzberg devant les chefs militaires préparant l'invasion de la Pologne : « Notre force doit résider dans notre rapidité et notre brutalité. J'ai donné ordre à des unités spéciales des SS de se rendre sur le front polonais et de tuer sans pitié hommes, femmes et enfants. Qui donc parle encore aujourd'hui de l'extermination des Arméniens ? »
092 – Pourquoi l'Etat d'Israël n'a-t-il pas reconnu le génocide des Arméniens ?

 Depuis sa fondation en 1948, l'État d'Israël tient à conserver de bonnes relations avec la Turquie, son allié stratégique, membre de l'OTAN comme lui, seul pays de la région à ne pas lui avoir fait la guerre. Mais cette question fait l'objet d'un débat récurrent au sein de la société civile, avec des déclarations fortes de nombreuses personnalités intellectuelles ou politiques en faveur d'une reconnaissance officielle.
093 – Pourquoi utiliser le terme « génocide », pour désigner les crimes contre les Arméniens ?

 Le terme « génocide », devenu aujourd'hui un enjeu politique tout autant qu'historique, judiciaire et moral, n'existait pas en 1915. Ce néologisme fut inventé au cours de la Seconde Guerre mondiale pour désigner la Shoah par le juriste américain d'origine juive polonaise Raphael Lemkin, qui avait d'ailleurs été impressionné par le procès de Soghomon Tehlirian en 1921 et la question de l'impunité des criminels jeunes-turcs. Mais si le mot n'existe pas en 1915, le concept en est déjà formulé. Il l'a été par la déclaration des trois puissances alliées de l'Entente du 24 mai 1915, tenant les autorités ottomanes et leurs agents pour responsables de leurs « crimes contre l'humanité et la civilisation ». Les témoins contemporains utilisent aussi les expressions d'« extermination de la race arménienne » ou du « meurtre d'une nation ».
094 – A quels autres massacres de masse applique-t-on le terme « génocide » ?
 Au XXe siècle, outre le cas arménien, cette définition a été officiellement appliquée à la destruction :
 - des Juifs (5 à 6 millions de victimes) et des Tsiganes (250 000 à 500 000) par l'Allemagne nazie de Hitler en 1941-1945 ;
 - des Tutsis par le pouvoir hutu au Rwanda en avril-juin 1994 (800 000 à 1 million de victimes).
 Sont généralement qualifiés de génocide, malgré la poursuite des débats historiques, l'anéantissement:
 - des Ukrainiens par le pouvoir soviétique sous Staline en 1932-1933 (7 à 10 millions de victimes lors de la collectivisation forcée des terres et de la famine) ;
 - des Cambodgiens par le gouvernement khmer rouge de Pol Pot entre 1975 et 1979, sous prétexte de créer un « homme nouveau» (2 millions de victimes).
 À cette liste s'ajoutent les massacres à caractère génocidaire, les nettoyages ethniques, les meurtres de masse ... comme ceux des musulmans de Bosnie par les Serbes à Srebrenica, en 1994.
095 – Les autorités américaines dénoncent actuellement un génocide au Darfour, au sud du Soudan. Qu'en est-il ?

 Une commission d'enquête internationale a été mise en place à la demande du Conseil de sécurité de l'ONU en octobre 2004 pour étudier le cas du Darfour. Dans ses conclusions, elle estime que le gouvernement soudanais n'est pas coupable d'un génocide au Darfour, mais est responsable de violations systématiques des droits de l'homme qui pourraient être qualifiées de crimes contre l'humanité. Les enquêteurs réclament l'intervention de la Cour pénale internationale.
096 – Comment cette commission d'enquête a-t-elle justifié ses conclusions?

 Les enquêteurs ont noté la présence de plusieurs éléments constitutifs d'un génocide: les meurtres de masse, un groupe particulier visé (les « tribus africaines »). « Cependant, l'élément crucial de l'intention génocidaire paraît absent, au moins en ce qui concerne les autorités centrales du gouvernement », explique le rapport.
097 - Le régime soudanais est donc absous ?

 Non. Car selon la commission d'enquête, ces conclusions « ne diminuent en aucun cas la gravité des crimes perpétrés dans cette région. Les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre qui ont été commis au Darfour ne sont pas moins graves ni ignobles qu'un génocide ».
098 – Quel est le dernier génocide en date, reconnu comme tel par la communauté internationale ?

 Il s'agit du génocide du Rwanda de 1994. Minutieusement préparé par le régime hutu de l'époque, il a fait, selon l'ONU, entre 800 000 et 1 million de morts parmi les Tutsis (l'ethnie minoritaire) et les Hutus modérés, en deux mois, entre avril et juin 1994.
099 – La reconnaissance de ce génocide a-t-elle été immédiate ?

 Oui. Le Conseil de sécurité, par sa résolution 955 du 8 novembre 1994, a créé le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour juger les personnes présumées responsables d'actes de génocide et d'autres violations graves du droit international humanitaire. Mais aucune puissance, y compris la France, n'est intervenue pour prévenir ou empêcher les massacres alors qu'elles étaient informées et en mesure d'agir au moment où ils avaient lieu.
100 – Quelles leçons peut-on tirer du génocide des Arméniens et des autres génocides du XXe siècle ?
 La nécessité de vigilance nourrie par un devoir de mémoire, mais surtout d'histoire, de non impunité et de courage politique pour tenter de prévenir d'autres génocides en condamnant ceux du passé. Une Cour pénale internationale permanente a finalement vu le jour en 2002, mais sans possibilité de juger les crimes antérieurs à sa création. La qualification de génocide pour certains crimes de masse ne peut être attribuée qu'après coup, lorsque s'établit la preuve de l'intention de destruction d'un groupe. Mais une telle qualification n'est pas une condition nécessaire à l'intervention de l'ONU, habilitée à le faire en cas de « graves menaces sur la paix» et de violations massives des droits de l'homme. D'autant qu'on a vu, depuis les années 1990, l'émergence de nouveaux principes comme celui du droit, sinon du « devoir » d'ingérence ou d'assistance humanitaire en faveur des populations frappées par une répression systématique ou victimes de crimes contre l'humanité. Encore faut-il que ce droit ne soit pas manié de façon sélective et ne serve pas d'alibi aux politiques de puissance.