Dossier
PÉDAGOGIQUE
 

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100 REPONSES - Fiches 081 à 090
fiches : 01 à 10 | 11 à 20 | 21 à 30 | 31 à 40 | 41 à 50 | 51 à 60 | 61 à 70 | 71 à 80 | 81 à 90 | 91 à 100
081 – Quelles organisations et institutions internationales l'ont reconnu ?





 L'ONU (rapport sur la prévention et la répression des génocides de la sous-commission des droits de l'homme du 31 août 1985), le Parlement européen (résolutions du 18 juin 1987 et du 28 février 2002), le Conseil œcuménique des Églises (10 août 1983), la Ligue des droits de l'homme (16 mai 1998), l'Alliance mondiale des YMCA Guillet 2002), l'Union des congrégations juives américaines (7 novembre 1989).
 
082 – Pourquoi certains États refusent-ils de reconnaître le génocide arménien ?

 Pour ne pas s'aliéner la Turquie qui, pour certains, reste un allié stratégique. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, notamment, en on fait une pièce maîtresse de la présence militaire de l'OTAN dans la région, ainsi qu'Israël pour qui la Turquie est un allié stratégique dans son conflit avec les pays arabes. Hormis la Turquie, rares sont les pays à nier activement l'existence du génocide des Arméniens. Mais certains États invoquent le temps écoulé depuis 1915 pour renvoyer la question aux historiens, ou des raisons diplomatiques pour éviter de prononcer le mot « génocide ».
 
083 - Pourquoi les États-Unis refusent-ils de reconnaître ce génocide ?

 Vingt-huit des États composant la fédération américaine ont reconnu le génocide, tout comme plusieurs résolutions du Sénat et de la Chambre des représentants. Mais, depuis plusieurs décennies, tous les présidents américains, quelles que soient leur appartenance politique ou leurs déclarations pendant les campagnes électorales, ont refusé de franchir ce pas une fois élus, préférant utiliser, à l'occasion de l'anniversaire du 24 avril, des termes comme « massacres » ou « tragédie » pour éviter de dire « génocide », qui implique une notion d'imprescriptibilité.
 
084 – Quand et pourquoi la France a-t-elle reconnu le génocide arménien ?

 Le 29 janvier 2001, par une loi comportant un article unique : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. » C'est avant tout le résultat du progrès des recherches historiques et de la forte mobilisation des Arméniens de France auprès de leurs élus. L’effondrement du bloc soviétique, qui a relativisé le rôle de l'OTAN - et donc de la Turquie - dans la région, n'a certainement pas été étranger à cette prise de décision.
 
085 - Comment la Turquie a-t-elle réagi à cette reconnaissance ?

 Violemment. L’État turc a immédiatement menacé Paris de représailles commerciales, notamment en matière d'achat d'armes et de matériel militaire.
 
086 - Quelles sont les conséquences pratiques et légales de cette reconnaissance ?



 Aucune, la France n'ayant pas complété cette loi par une loi antinégationniste comme dans le cas du génocide des juifs et des Tsiganes (loi Gayssot). Il n'est pas illégal en France, malgré la reconnaissance officielle du génocide des Arméniens, de nier publiquement l'existence de ce génocide, comme en témoigne l'échec des tentatives de faire condamner au pénal des sites négationnistes sur Internet. Au niveau international, cependant, la décision française donne du poids aux revendications arméniennes d'une reconnaissance du génocide par la Turquie comme préalable aux débats sur son adhésion à l'Europe.
087 – La France fait-elle de cette reconnaissance une condition d'adhésion de la Turquie

 à l'Union européenne ?
 Oui, du moins au niveau des déclarations de divers hommes ou formations politiques (dont le PS et l'UDF). Quatre jours après la réunion du Conseil européen de Bruxelles des 16 et 17 décembre 2004 (qui venait de décider d'ouvrir les négociations d'adhésion à partir du 3 octobre 2005 en n'évoquant que la conformité aux critères de Copenhague), dans son intervention du 21 décembre 2004 à l'Assemblée et au Sénat, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a indiqué que la Turquie devait, pour rejoindre le projet européen, encore largement progresser dans le domaine des droits de l'homme et du respect des minorités, en ouvrant trois chantiers majeurs: la reconnaissance du génocide arménien, la question des populations kurdes, la réconciliation sur le dossier de Chypre.
 
088 – La reconnaissance du génocide par le Parlement européen a-t-elle eu plus d'effet ?

 La résolution du 18 juin 1987, dont le principe (nécessité de la reconnaissance du génocide par la Turquie comme condition d'entrée dans l'Union européenne) a été réitéré à plusieurs reprises, dont le 28 février 2002, a un caractère plus déclaratif qu'effectif. Néanmoins, une déclaration émanant d'un parlement représentant les vingt-cinq pays de l'Union européenne devrait avoir plus de poids que celle d'un pays isolé.
 
 
089 - Pourquoi la reconnaissance du génocide n'a-t-elle pas été incluse dans les critères de Copenhague, définissant les conditions d'une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union ?

 Une définition plus vague sur le respect des droits de l'homme en général lui a été préférée, de crainte, une fois de plus, de froisser Ankara. Selon une partie des milieux européens, l'Union européenne disposerait de davantage de moyens pour obtenir de la Turquie la reconnaissance du génocide si elle en faisait partie. Mais les Arméniens estiment qu'au contraire, l'Union européenne n'aurait plus aucun moyen de pression sur la Turquie, puisqu'il n'existe pas de procédure d'exclusion.
 
 
090 – L’accent mis par Bruxelles sur la nécessité, pour Ankara, d'améliorer son respect ...
...des droits de l'homme comme condition de son adhésion à l'Union peut-il favoriser sa reconnaissance du génocide des Arméniens ?
 Il est difficile de se prononcer en raison de signaux contradictoires. La question arménienne, taboue depuis quatre-vingt-dix ans, commence lentement à être évoquée en Turquie, ne serait-ce qu'en raison des débats en Europe. Après les initiatives pionnières et courageuses d'éditeurs, comme le couple Zarakolu qui a publié plusieurs ouvrages historiques sur la question depuis les années 1980, une exposition à Istanbul baptisée « Mon cher frère » et consacrée à la vie quotidienne des Arméniens en Anatolie au début du XXe siècle a ainsi battu des records d'affluence au printemps 2005. Un groupe d'observation récemment fondé, l'Histoire pour la paix, a lancé un appel signé par cinq cents intellectuels turcs de renom protestant contre une circulaire du ministère de l'Éducation nationale du 14 avril 2003, qui contraint les auteurs de manuels scolaires (qui jusque-là ignoraient le génocide) à dénoncer les « prétentions infondées des Arméniens, des Grecs et des Assyriens ». Cependant, le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan .............
090 – (suite)
............... continue de déclarer qu'il fera tout pour combattre les « allégations» arméniennes sur le « prétendu génocide arménien ». Le célèbre romancier Orhan Pamuk a été violemment pris à partie pour avoir évoqué le massacre de trente mille Kurdes et d'un million d'Arméniens (février 2005). Les autorités tentent aussi d'opposer les Arméniens de la diaspora, descendants des rescapés et les plus mobilisés pour la reconnaissance, à ceux de la communauté résiduelle d'Istanbul, pris en otage dans un État autoritaire, et à ceux d'Arménie, anxieux d'obtenir la levée d'un blocus qui entrave la relance de l'économie.