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Text[100]=["Extrait du 5 novembre","Les détails qui nous arrivent prouvent que ce ne sont pas les Arméniens qui se soulèvent, mais bien les Musulmans qui assassinent et pillent. <br>Karahissar, Zara, Divreghi sont en flammes. On y a tout massacré, sauf quelques centaines de très jeunes enfants, laissés là au milieu des ruines. Ils vont mourir de faim, si les fauves ne les ont pas déjà dévores. Malheureusement nous ne pouvons envoyer personne là-bas."]
Text[101]=["Extrait du 12 novembre","On a tout tué dans le bazar. Pas un Arménien n'a survécu. Quelques-uns s'étaient réfugiés dans un entrepôt, mais la troupe a fait une sape par en dessous. Elle les tue, en ce moment, à coups de baïonnette ; c'est pour cela qu'on n'entend plus de bruit. Les soldats repassent au bout de la rue chargés de butin, les mains en sang. Deux officiers sont suivis chacun par un hamal (porteur).<br>(...) J'apprends qu'à six heures, les muezzins, du haut des minarets, ont félicité le peuple d'avoir bien massacré."]
Text[102]=["Extrait du Dimanche 17 novembre","Les Turcs ont peur des représailles de l'Europe.<br>Et en effet plusieurs musulmans notables se présentent au Consulat et sollicitent une audience. Avant de les recevoir, Maurice exige qu'ils donnent leurs noms, et les fait attendre longtemps dans la rue jusqu'à ce qu'il se soit assuré qu'ils n'ont pas trempé dans les tueries. Alors seulement il les reçoit, mais ne serre la main qu'à un seul, un ingénieur des routes, notre voisin, qu'on a vu sauver des Arméniens.  Ce dévouement-là, dit Maurice, la populace, tôt ou tard, le lui fera payer... Gare!"]
Text[103]=["Extrait du 17 juillet","Quel changement, et comme, malgré la belle saison, les pays que nous traversons semblent misérables ! Les boutiques éventrées restent fermées, le commerce est tué pour longtemps, car par ici, on n'a pas massacré seulement des Arméniens, mais aussi des Grecs, des Syriens et des Juifs, en somme, tous les riches.<br>Notre marche est retardée par une masse de chariots d'Arméniens qui nous précèdent. D'autres nous suivent. Tous ceux de Sivas ou des environs qui songeaient à émigrer en Europe, mais n'osaient à cause des brigands, ont profité de notre escorte."]
Text[104]=["Extrait du rapport de M. Meyrier sur les massacres de Diarbekir","Le dimanche, à une faible distance du Consulat, j'ai vu de ma fenêtre les soldats, les zaptiés, les Kurdes, tirer ensemble des terrasses et des minarets sur l'église arménienne. Je fis constater le fait par l'officier de garde, et je priai un religieux musulman, Abas Hodja, de s'interposer pour mettre fin à ce carnage. Jusqu'alors nous avions pu croire que la force armée essayait de réprimer le soulèvement et nous pouvions espérer qu'elle en viendrait à bout; mais à ce moment il n'y eut plus de doute."]
Text[105]=["Extrait de la partie intitulée <em>Les massacres en 1895</em>","Les valis (gouverneurs) et leurs subordonnés, qui auraient dû prendre des mesures énergiques pour arrêter les massacres, voyaient ces événements d'un il bienveillant et souvent même encourageaient la population musulmane par leur attitude. Au fond, le gouvernement et les autorités ottomanes étaient enchantés de ce qui se passait ; ils espéraient ainsi être débarrassés pour longtemps des Arméniens et de leurs plaintes."]
Text[106]=["Extrait d'une lettre de M. de la Boulinière, chargé d'affaires de France, à son ministre","« Dès les premiers instants, une bande d'assommeurs, partie des bas-fonds de Stamboul, s'était précipitée dans les quartiers chrétiens. Une véritable chasse à l'Arménien s'organisait ; ceux qui avaient l'imprudence de se montrer ou de sortir pour fuir dans des lieux plus sûrs, étaient immédiatement tués à coups de gourdins, de barres de fer ou de poignards. Les magasins arméniens étaient pillés et saccagés, leurs propriétaires égorgés et la populace se ruait sur les maisons où l'on croyait trouver des Arméniens (...) « Une série de faits prouve jusqu'à l'évidence que c'est le sultan lui-même qui arme les bras de ces assommeurs et leur enjoint de courir sus à tout ce qui est arménien. »"]
Text[107]=["Extrait de la partie s'intitulant <em>RÉPONSES DILATOIRES DE LA PORTE</em>","Les craintes des Arméniens se trouvèrent bientôt justifiées : la commission de contrôle instituée à la Sublime Porte ne donna aucun des résultats qu'on était en droit d'attendre d'elle. Les ambassadeurs de France, de Russie et d'Angleterre firent à la Porte des représentations sur les procédés de cette commission et appelèrent bientôt l'attention du sultan sur son inertie absolue.<br>Rien n'était changé dans la situation des Arméniens depuis la promulgation du décret de réformes. Ils avaient été massacrés à Constantinople en septembre, avant l'acceptation des réformes, après, ils furent massacrés dans presque toutes les provinces de l'Arménie ottomane."]
Text[108]=["Extrait de la huitième partie, <em>L'orage éclate</em>","Toute la journée, a continué la procession des réfugiés (...) Figurez-vous le piétinement d'une multitude. Des malheureux étaient blessés. Des femmes cherchaient leurs maris ou leurs enfants perdus. Ils n'avaient rien avec eux. Des hommes portaient sur leur dos leurs femmes malades. Les petits enfants se battaient pour rester près de leurs aînés frappés de terreur. Les enfants, les vieillards, les infirmes, les malades retrouvaient des forces surnaturelles."]
Text[109]=["Extrait de la Dixième Partie : <em>POURQUOI?</em>","Quant aux Arméniens, je ne puis jamais penser à eux sans que mon cur bondisse d'affection et d'admiration. Il faut bien connaître la profondeur de leurs souffrances et la situation dans laquelle les ont placés des siècles d'oppression turque pour les comprendre complètement. La vérité, c'est que les Arméniens sont des héros et des petits-fils de héros.(...) ils ont gardé leur foi et conservé leur nationalité, alors qu'un chemin facile s'ouvrait devant eux, s'ils avaient consenti à se convertir à l'Islam. Je me rends compte maintenant d'une façon éclatante de leur tragique destinée."]
Text[110]=["Extrait de la Dixième Partie","Trois cents Arméniens doivent la vie à un seul acte de bonté consciente. Quelque temps avantle massacre, le Dr Christie apprit que le fils unique du cheik d'un village voisin venait de mourir. Il monta à cheval et alla consoler le vieux père. Comme il avait appris la nouvelle tard dans la journée, il voyagea une partie de la nuit. (...)Au milieu de l'explosion de haine de vendredi dernier, le cheik apparut tout à coup avec trois cents Arméniens. L'ordre du massacre était arrivé, dit-il, et « un massacre est une belle chasse, vous savez », ajout a-t-il crûment. « Comme j'allais me mettre à l'uvre, j'ai réfléchi que ces gens sont des amis du Dr Christie. Je ne comprends guère pourquoi vous les aimez tant, mais puisqu'il en est ainsi, les voici. »"]
Text[111]=["Extraits de la Douzième Partie","Je vous ai raconté le débarquement des régiments turcs, le jour de la déposition d'Abdul Hamid. Ils allèrent à Adana le jour même et y firent un massacre plus terrible que le premier. Les Arméniens avaient rendu leurs armes (...) Ils étaient donc sans défense lorsque arrivèrent les régiments jeunes-turcs. La boucherie n'en fut que plus facile. (...) Adana, de nouveau encore, est un enfer. (...)<br>Nous savons maintenant que toute la différence entre les Jeunes et les Vieux-Turcs consiste en ce que les Jeunes sont plus énergiques et plus décidés dans leurs massacres."]
Text[112]=["Extrait de la quatorzième partie, <em>Vers l'Egypte</em>","Mais ce que nous comprenons bien aujourd'hui, c'est notre responsabilité envers les Arméniens. Nous devons travailler en Egypte, en France, en Angleterre, en Amérique pour que le monde entier sache ce que les Arméniens ont souffert et ce qu'ils souffriront encore sous le régime turc. Nous voyons aussi trop clairement le cynisme et la cruauté de la diplomatie européenne. (...) Ils ignorent les horribles résultats de la politique égoïste poursuivie par les hommes qui sont à la tête des affaires. Je pense toujours à du sang quand on parle de la diplomatie européenne."]
Text[113]=["Extrait du chapitre XXII","Le traité de Berlin (...) contenait une clause accordant aux grandes puissances occidentales droit de protection sur les Arméniens. Comment supprimer un tel danger ?... Un gouvernement éclairé, en leur reconnaissant un minimum de liberté, en respectant leurs vies et leurs biens, ainsi que leurs droits civils et religieux, en eût sans doute fait des sujets pacifiques et loyaux. (...) Au lieu de cela, Abdul Hamid décida que le problème ne pouvait être résolu que d'une seule façon : par la violence. L'extermination de deux millions d'hommes, de femmes et d'enfants, au moyen de massacres organisés et dirigés par l'Etat, lui apparut comme le seul moyen d'empêcher le morcellement futur de l'Empire. (...) Et maintenant les Jeunes Turcs, qui avaient adopté un si grand nombre des idées d'Abdul Hamid, s'approprièrent aussi sa politique arménienne."]
Text[114]=["Extrait du chapitre 24, <em>L'assassinat d'une nation</em>","Les Jeunes Turcs déployèrent un génie supérieur à celui de leur prédécesseur, Abdul Hamid. L'ordre du Sultan déposé était uniquement : « tuer, tuer », alors que la démocratie ottomane imagina un plan plus parfait. Au lieu de massacrer en bloc la nation arménienne, elle résolut maintenant de la déporter. (...) Le but véritable de la déportation était le vol et la destruction ; elle n'était en fait qu'une nouvelle méthode d'extermination. Quand les autorités ottomanes donnèrent l'ordre de ces déportations, elles délivrèrent simplement l'arrêt de mort de toute une race ; elles le comprenaient bien ainsi et dans nos entretiens ne cherchèrent pas à s'en cacher."]
Text[115]=["Extrait du chapitre 24, <em>L'assassinat d'une nation</em>","Les crimes que l'instinct le plus pervers peut imaginer, les raffinements de persécution et d'injustice que l'imagination la plus vile peut concevoir, devinrent les malheurs journaliers de ce peuple infortuné. Je suis convaincu que l'histoire universelle ne contient pas de plus affreux épisode. Les grandes persécutions des temps passés semblent presque insignifiantes à côté des souffrances endurées par la race arménienne en 1915."]
Text[116]=["Extrait du chapitre 25, <em>TALAAT JUSTIFIE « L'EXTERMINATION ARMÉNIENNE »</em>","j'eus l'impression très nette, qu'en définitive, Talaat était leur ennemi le plus implacable. « Je m'aperçois, écrivis-je dans mon Journal à la date du 3 août, que c'est lui l'instigateur le plus acharné des souffrances de ces pauvres gens. » (...)<br>Son point de vue, dans la question arménienne est tout entier résumé dans l'orgueilleuse fanfaronnade qu'il se permit vis-à-vis de ses amis : « J'ai plus fait en trois mois pour résoudre le problème arménien qu'Abdul Hamid en trente ans ! »"]
Text[117]=["Extrait du chapitre 26","Un jour, le Consul américain à Smyrne m'avait fait savoir que sept de ces malheureux venaient d'être condamnés à être pendus, sous l'accusation d'un vague délit politique commis en 1909, bien que Rahmi Bey, le gouverneur général de Smyrne, et le commandant militaire ne les crussent point coupables. Lorsque l'ordre de l'exécution arriva, ces autorités télégraphièrent à Constantinople que, d'après la loi ottomane, les accusés avaient le droit de recourir à la clémence du Sultan ; la réponse démontre l'importance que l'on attachait alors aux droits des Arméniens.<br>« En principe, vous avez raison ; pendez-les d'abord et envoyez ensuite le recours en grâce. »"]
Text[118]=["Extrait de la partie II","La conséquence de ces mesures fut que, lorsque les masses de déportés arrivèrent à leur destination, elles étaient réduites de plus de la moitié. Les caravanes qui partaient du Nord n'étaient guère composées, quand elles parvenaient dans le Midi, que d'enfants au-dessous de 10 ans et de vieilles femmes, d'infirmes et de vieillards. Les hommes et les jeunes gens avaient été tués, les jeunes filles, les jeunes femmes et d'innombrables enfants avaient été enlevés. Le reste est un peuple de mendiants, sans secours, livré à la misère et qui périt de faim et de maladies dans les déserts de la Mésopotamie et dans des régions marécageuses."]
Text[119]=["Extrait du Rapport du Consul américain de Trébizonde.","Il ne fut pas établi qu'il y ait eu jamais personne qui ait commis la faute de participer à un mouvement dirigé contre le gouvernement. Si quelqu'un était Arménien, cela suffisait pour qu'il fût traité en criminel et déporté.(...)<br>Un certain nombre d'embarcations légères furent, l'une après l'autre, chargées de ces gens et envoyées vers Samsoun. L'opinion générale est qu'on les a noyés. (...) Un Turc racontait que cette barque-là en avait rencontré, non loin de Trébizonde, une autre, occupée par des gendarmes qui avaient mission de tuer tous ces hommes et de les jeter par-dessus bord."]
Text[120]=["<em>4. Vilayet de Kharpout.</em> ; Extrait d'un rapport de Leslie Davis.","Le lundi 5 juillet, beaucoup d'hommes furent arrêtés aussi bien à Kharpout qu'à Mézéreh et jetés en prison. (...) Le mercredi de bonne heure, il furent conduits dans une vallée éloignée de quelque minutes. Là, on leur ordonna de s'asseoir tous. Alors les gendarmes commencèrent à tirer sur eux, jusqu'à ce qu'ils fussent presque tous morts. Quelques-uns parmi eux, qui n'avaient pas été tués par les balles, furent achevés à coups de couteaux et de baïonnettes. (...) Jamais aucune accusation d'aucune sorte ne fut élevée contre ces gens. Ils furent arrêtés et tués pour la seule raison que le plan général du gouvernement était de se débarrasser de la race arménienne."]
Text[121]=["Témoignage d'un allemand de Malatia","Le mutessarif Nabi bey, un bon vieillard extrêmement doux et bien intentionné, fut renvoyé vers le mois de mai, à notre avis pour la raison qu'il n'aurait pas procédé avec assez de dureté à l'exécution des mesures contre les Arméniens. Son remplaçant, le caïmacan d'Arrha, était l'homme qu'il fallait. Son hostilité envers les Arméniens et sa manière d'agir contre les lois étaient à peine croyables. C'est bien lui qu'à côté d'une clique de riches beys, on doit rendre responsable de l'arrestation arbitraire de beaucoup d'Arméniens, d'un usage inhumain de la bastonnade et du meurtre secret de nombre d'Arméniens. "]
Text[122]=["DÉVASTATION DES RÉGIONS DE VAN","Au temps où Van était assiégé par les troupes turques, les villages arméniens sans défense du vilayet furent systématiquement dévastés, et leurs habitants qui n'avaient pu s'enfuir furent massacrés. (...) Selon une statistique sur les massacres, il y eut, entre la fin d'octobre 1914 et le milieu de juin 1915, dans le vilayet de Van et les districts voisins du vilayet d'Erzéroum, 258 villages pillés et ravagés, et environ 26.000 Arméniens massacrés. Le reste de la population échappa par la fuite à une une mort certaine."]
Text[123]=["Le sort des déportés","La mesure de la déportation dégénéra très vite, le plus souvent, en une extermination systématique. On avait en vue, tout d'abord, de se débarrasser en premier lieu des mâles de la nation arménienne. Dans ce but, un travail préliminaire considérable précéda l'ordre de déportation générale... "]
Text[124]=["Déclarations de Chérif pacha, l'un des chefs de l'opposition libérale","« Quand on pense que ce peuple, si hautement doué, qui aurait pu être un ferment bienfaisant pour la régénération de l'Empire ottoman, est sur le point de disparaître de l'Histoire, d'être non seulement opprimé, mais exterminé, même le coeur le moins sensible doit saigner. Je voudrais, pour ma part, exprimer ici, à cette nation sacrifiée et mourante, mon indignation contre ses bourreaux et ma compassion infinie pour son sacrifice. »"]
Text[125]=["La doctrine allemande","Le salut de l'Etat étant la suprême loi, on ne saurait concevoir une opposition quelconque entre la politique et la morale. Contre le peuple prédestiné « la volonté des autres peuples n'a point de droit. » (...) tout ce qui peut faire obstacle à son règne, générateur de progrès et de bonheur pour l'Humanité, est condamné à disparaître ; (...)  D'ailleurs, les races inaptes ne sont-elles pas appelées à disparaître et n'est-ce pas un devoir d'ordre supérieur de collaborer avec la nature à son ouvre de sélection et d'élimination ?"]
Text[126]=["Les massacres","La déportation des Arméniens, femmes, enfants et vieillards, n'était qu'un arrêt de mort hypocrite et déguisé. Le massacre sur place eût été plus humain et eût épargné d'épouvantables souffrances. (...) La scène se passe partout à peu près de la même manière..."]
Text[127]=["Les responsabilités.","Ce qui frappe dans tous ces récits, c'est l'organisation régulière et systématique des massacres. (...) l'opération commence par un décret du gouvernement affiché dans les villages ; les instructions arrivent de Constantinople aux fonctionnaires de rang élevé, et, par eux, aux exécutants et aux exécuteurs. (...) Tout se passe avec un ordre effroyable. On ne tue pas dans les villes pour éviter l'infection. Les caravanes sont réunies au jour et à l'heure prescrits  ; les Kurdes et les brigands sont prévenus et se trouvent au rendez-vous donné par les gendarmes qui rabattent le gibier. "]
Text[128]=["Le but recherché et les responsables","Il n'y a donc pas à s'y tromper : c'est la destruction totale du peuple arménien, par la mort ou la conversion forcée à l'Islam, qui est poursuivie. (...) Le gouvernement jeune-turc est pleinement responsable des horreurs d'Arménie."]
Text[129]=["","Extrait du Larousse mensuel illustré (N°113), paru en juillet 1916, qu'Armand Mekitarian a fait parvenir aux Nouvelles d'Arménie Magazine (www.armenews.com), qui le publia dans son numéro d'avril 2004."]
Text[130]=["","en effet, une fois les Arméniens détruits, l'Europe n'aurait plus (pensait-on) de prétextes pour intervenir dans les affaires intérieures de la Turquie. Le plan d'ensemble d'extermination de la nation arménienne fut donc conçu, puis préparé au temps d'Abdülhamid."]
Text[131]=["","(...) dès le printemps de 1915, l'uvre d'extermination commença.<br>Tandis qu'on désarmait les Arméniens, on armait les musulmans, dont on excitait en même temps le fanatisme religieux ; on abolissait les Capitulations ; on arrêtait les personnalités marquantes. Puis c'étaient les tueries et les « pilleries », et les excès de toute nature et, enfin, le 20 mai-2 juin 1915, l'ordre du comité Jeunes-Turcs et d'Enver-pacha déportant toute la population arménienne. « Et la déportation c'était l'extermination en trois actes successifs : le massacre, la caravane et le désert »."]
Text[132]=["","Peu de nations ont souffert autant que l'Arménie. Les atrocités dont elle a été victime ont été si terribles et si continues que le nom même d'Arménie est devenu pour la plupart d'entre nous le synonyme de martyre. Ses souffrances dans le présent cataclysme ont dépassé toutes celles relatées dans l'Histoire du monde."]
Text[133]=["Extrait d'un rapport d'un missionnaire allemand","« Dans l'espace d'une semaine l'uvre était à peu près accomplie. Les officiers maintenant se vantaient de leurs exploits et d'avoir réussi à exterminer tout le peuple arménien. Trois semaines après, quand nous avons quitté Mouch, les villages brûlaient encore. Rien de ce qui appartenait aux Arméniens, ni dans la ville, ni dans les villages, ne devait subsister.»"]
Text[134]=["","Il y a donc des raisons de craindre que limportance dune petite nation extrêmement affaiblie ne soit éclipsée par les objectifs égoïstes des grands Etats européens influents et quen ce qui concerne lArménie on ne voie se reproduire cette vieille tactique du désintérêt et de loubli dont elle a si souvent été la victime au cours de son histoire"]
Text[135]=["","Je le fais au nom du droit à la solidarité humaine, par respect dune promesse sacrée. Lorsque jai parcouru, dans le désert, le camp des déportés, lorsque je me suis assis dans leurs tentes avec les mourants et les affamés, jai senti leurs mains suppliantes dans les miennes, et les voix de leurs prêtres qui avaient béni nombre de leurs morts dans leur ultime voyage vers leur sépulture, madjurèrent de plaider pour eux, dussé-je retourner en Europe."]
Text[136]=["Les réformes","Est-il besoin d'ajouter que le premier soin de la Porte fut d'éluder ces Réformes et que, sitôt la guerre déclarée entre l'Allemagne et les Alliés, avant même que la Turquie fut engagée dans le conflit, elle résilia les contrats des deux Inspecteurs Généraux européens.. ? Et il ne fut plus question de réformes; l'Arménie était perdue !"]
Text[137]=["La résistance arménienne","Nous, peuple de six villages arméniens, environ 5.000... nous avons fui la barbarie turque et les tortures, et par dessus tout les outrages à l'honneur de nos femmes. . . Celui qui a écrit cet appel, a été pasteur protestant à Zeïtoun, et a vu de ses yeux les indicibles cruautés. . ."]
Text[138]=["A. Krafft-Bonnard présenté par Hans-Lukas Kieser","« Une des voix helvétiques les plus vigoureuses qui perpétuent le message universel du destin particulier des victimes et apatrides arméniens est le pasteur vaudois Antony Krafft-Bonnard (18691945), le directeur des deux foyers d'orphelins arméniens à Begnin et à Genève que financent des philanthropes suisses. Il fustige les pièges d'une realpolitik myope, en particulier le traitement des réfugiés apatrides par la Conférence. Devant les succès de l'ethno-nationalisme radical en Europe dans les années 1930, Krafft-Bonnard se comprend de plus en plus comme un solitaire dans le désert, mais dont le témoignage resterait d'autant plus important. »"]
Text[139]=["","A Lausanne, nous avons assisté en réalité à une lutte d'intérêts financiers, où les préoccupations de justice, de droit et de liberté tenaient souvent bien peu de place. Et si aucun traité n'est encore sorti de ces délibérations, c'est précisément parce qu'il n'y a pas eu de principe supérieur dirigeant et inspirant les débats. Tout ne fut que calculs, rivalités et conflits entre groupements et oligarchies financières plus ou moins anonymes. "]
Text[140]=["Rapport du consul Von Scheubner-Richter dErzeroum","Les partisans de la dernière « orientation extrême du comité jeune turc » conviennent que le but final de leur action contre les Arméniens est leur extermination complète en Turquie. Après la guerre, nous naurons plus dArméniens en Turquie, a dit textuellement une personnalité autorisée."]
Text[141]=["","« Une grande partie du Comité jeune-turc procède du point de vue que lEmpire turc doit être construit sur une base purement musulmane et pan-turque. Les habitants non-musulmans et non-turcs de lEtat doivent être islamisés et turquifiés par la force, et, là où cela nest pas possible, exterminés. Le temps actuel semble à ces Messieurs le plus propice pour la réalisation de ce plan. Le premier point de leur programme comportait la liquidation des Arméniens. »"]
Text[142]=["chapitre 3","La première chose qui se présenta alors à mon observation dans la capitale, ce fut le commencement de la politique de persécution contre les Arméniens. Et pour le dire dès à présent, ce fut ce mouvement de grande envergure, unique dans l'histoire moderne de l'humanité, ces preuves de bestialité et de brutal chauvinisme de race qui ont tué mon amour pour la Turquie d'aujourd'hui, et qui, plus que tout ce que j'ai pu observer d'autre du côté germano-turc pendant la guerre mondiale, m'ont fait perdre tous les égards envers mon propre gouvernement et m'ont fait adopter mon attitude actuelle."]
Text[143]=["Les persécutions arméniennes","Toute apparence d'un droit pour le gouvernement turc qui a voulu faire passer ces mesures comme une «évacuation » dans l'intérêt militaire de la zone de guerre, rendue nécessaire pour éviter des troubles, s'écroule honteusement vis-à-vis de telles méthodes, et j'espère bien qu'il n'y a pas un seul Allemand bien informé des faits qui ne soit plein de dégoût pour le gouvernement turc en voyant cette boucherie commise de sang-froid sur toute la population de vastes contrées et la déportation de tout le reste, avec l'intention de les laisser misérablement crever en route! Qui a un peu de sentiment humain ne peut pas juger autrement, si turcophile qu'il soit du point de vue politique."]
Text[144]=["Le nationalisme turc","Ce panturquisme, qui domine tous les sentiments des dirigeants actuels de la Turquie, trouve son expression dans deux différentes direction : vers le dehors, dans les aspirations à une « plus grande Turquie », aspirations qui sont, en partie dans son essence, et certainement dans leurs buts territoriaux, parallèles à la « Guerre Sainte ». A lintérieur, ces aspirations se révèlent dans la manie de nationalisation forcée, de « turquisation » pour ainsi dire, dans toutes ces mesures nationalistes en politique intérieure, dans une série de symptômes en partie très désagréables, et même dune sauvagerie criminelle, mais en partie aussi très semblables à de vraies réformes modernes, depuis les ordonnances pour les langues et la « colonisation intérieures » jusquaux persécutions des Arméniens."]
Text[145]=["Chapitre IX","L'esprit qui règne dans la Turquie d'aujourd'hui, l'esprit de chauvinisme panturquiste, c'est l'esprit de Talaat. Les persécutions des Arméniens, c'est sa propre uvre. Et quand un jour l'effroyable compte des crimes sera soumis à la Turquie du « Comité Union et Progrès » pour être réglé, que l'Europe juge et vengeur de la civilisation outragée s'en tienne en première ligne à Talaat Pacha, bien plus qu'à Enver beaucoup plus insignifiant!"]
Text[146]=["L'heure de l'Arménie","C'est l'heure de l'Arménie. Sans nul doute, elle sonne aujourd'hui plus fort que jamais. C'est la voix d'un peuple tout entier qui adresse à l'humanité un appel suprême. Impossible de ne pas prêter l'oreille. Il est urgent que l'attention de tous ceux qui ont quelque responsabilité dans la direction politique de notre monde soit attirée sur le sort de plus en plus intolérable qui est fait à ce peuple, depuis tant de siècles martyr de la plus effroyable oppression."]
Text[147]=["L'heure de l'Arménie","Nous livrons ce mot et cet appel à tous ceux qui réfléchissent à la gravité de l'heure présente. Il faut un secours politique. Il est aussi indispensable qu'urgent. Il n'est pas exclusif du secours de la charité; mais ce dernier est sans avenir si on ne lui donne pas des garanties"]
Text[148]=["Le problème arménien","Toute la question arménienne est essentiellement une question de justice. Et celle-ci se présente à nous sous une double forme : C'est d'abord une question de justice naturelle, relative au droit de tout être moral et de tout peuple conscient de sa destinée. Puis elle nous apparaît comme une justice contractuelle, par le fait des engagements pris dans des traités et des conventions obligeant deux contractants, deux signataires."]
Text[149]=["Le problème arménien","de la victoire de la Liberté : 11 novembre 1918 à la défaite de la Justice : Traité de Lausanne, 24 juillet 1923. Quels espoirs et quelles déceptions ! Quels efforts et quel découragement ! Années d'angoisse, de luttes épuisantes, pendant lesquelles il fallait sans cesse voir les portes se fermer les unes après les autres, les Etats se dérober, refuser tout mandat, toute protection, tout secours efficace. Peu à peu le peuple arménien, à la suite de ses chefs autorisés, était lâché de tous, laissé à lui-même, livré à ses bourreaux, à son malheur, à son désespoir. C'est un vrai cauchemar que le souvenir de ces années, si honteuses pour notre civilisation occidentale !"]
Text[150]=["","Lorsqu'en septembre 1915, je revins de Beirout à Alep après des vacances de trois mois, j'appris avec horreur qu'une nouvelle période de massacres arméniens avait commencé; beaucoup plus terribles que sous Abdul Hamid, ils avaient pour but d'exterminer radicalement le peuple arménien, peuple intelligent, industrieux, épris de progrès, et de faire passer tout ce qu'il possédait aux mains des Turcs."]
Text[151]=[""," M. Holstein, consul allemand de Mossoul a vu près d'un village arabe, voisin d'Alep, des fosses remplies de cadavres arméniens. Les Arabes du village lui racontèrent qu'ils avaient tué ces Arméniens par ordre du gouvernement. Un d'eux se glorifiait d'en avoir massacré huit."]
Text[152]=["","M.L. qui parlait devant moi, le mois dernier, de ces « canailles d'Arméniens », me dit textuellement : « Je ne suis pas un homme facile à émouvoir, mais depuis ce que j'ai vu à Ras-el-aïn, je ne puis retenir mes larmes. Je ne croyais pas possibles à notre époque de tels forfaits et de semblables actes de violence infligeant un pareil opprobre à toute l'humanité »."]
Text[153]=["","Récemment on a vu flotter un jour sur l'Euphrate 170 cadavres, un autre jour 50 ou 60. M. l'ingénieur A.., dans une course, en aperçut 40. Les corps qui s'arrêtaient sur les rives étaient dévorés par les chiens; sur les bancs de sable, dans le fleuve, les vautours s'en rassasiaient."]
Text[154]=["","Il existait, en 1915, deux millions d'Arméniens en Turquie. Il en survit à peine un million aujourd'hui ! Plus de la moitié d'un peuple assassiné ! Telle est l'uvre de ces Jeunes-Turcs, accueillis par l'Europe, en 1908, comme représentant un gouvernement de justice et d'humanité !"]
Text[155]=["","Les massacres d'Arménie sont autrement terribles que ceux évoqués par l'histoire : destruction des Albigeois, l'Inquisition, les Vêpres siciliennes, la Saint-Barthélémy, les Dragonnades, et l'Arménie représente aujourd'hui un vaste cimetière!"]
Text[156]=["","Dans les derniers mois de 1862, la région de Zeïthoun, au milieu des montagnes du Taurus cilicien, était le théâtre daffreux massacres, qui, au commencement même de cette année 1863, viennent de se reproduire dans la ville de Mousch, près du lac de Van, comme pour épouvanter de nouveau lEurope et lui lancer encore un défi. Ces massacres continuent la sanglante chaîne dont les affaires de Djeddâh, de Damas et du Liban ont été les premiers anneaux ; ils ne cesseront pas avant davoir amené pour lempire turc sa juste punition."]
Text[157]=["","Mais si les Arméniens du Taurus disparaissent après un effort suprême, lélément chrétien en subsistera-t-il moins dans tout lempire ? Et las enfin d'un joug trop pesant, exposés à des massacres qui se renouvellent périodiquement, les raïas ne réclameront- ils pas avec plus d'insistance encore la protection des puissances d'Occident ?"]
Text[158]=["","De 1908 à 1913, jeus de nombreuses occasions de voyager en Turquie dEurope et dAsie, de connaître les hommes qui dirigeaient les destinées de lEmpire Ottoman et dêtre témoin des événements qui, en cinq années, changèrent les espérances de régénération en prévisions, hélas ! trop claires, de ruine."]
Text[159]=["","En avril 1915, le gouvernement ottoman a commencé à mettre à exécution un plan systématique, soigneusement préparé, pour exterminer la race arménienne. En six mois, près dun million dArméniens ont été massacrés. Le nombre de victimes et les moyens employés pour leur destruction nont pas de précédent dans lhistoire moderne"]
Text[160]=["Témoignage d'une dame anglaise","Les déportations suivent leur cours. De lintérieur, le long du chemin de fer de Bagdad, ces malheureux sont dirigés par Adana vers leur voyage de mort. On se sert de la voie ferrée partout où elle existe, pour hâter luvre dextermination. Celle-ci ne paraît pas aux bourreaux assez prompte là où il ny a pas de chemin de fer. Ah si seulement ils massacraient tout de suite pour en finir, comme aux jours dAbdul-Hamid ! "]
Text[161]=["","Puisque lAllemagne refusa dintervenir avant lextermination commencée, nest-elle pas complice du meurtre par la faim et la soif, par lépuisement, par le bâton, par le viol, de près dun million dêtres humains qui navaient dautre tort que de gêner ses plans, et qui ne se trouvèrent faibles, désarmés et bons à tuer que parce quils étaient chrétiens ?"]
Text[162]=["","Comme vous pouvez le voir, la destruction de documents est une part importante de la Culture de l'Administration. En conséquence, grâce au confort et à la sécurité procurés par le fait que quelqu'un a détruit tous les documents, il devient bien plus facile de déclarer : &quot; il n'est rien arrivé aux Arméniens, tous les documents sont enregistrés et sont en place &quot;."]
Text[164]=["Document 13","C'était déchirant d'entendre les cris de la foule et des enfants qui mouraient brûlés vifs dans les maisons ! Les soldats s'amusaient beaucoup à entendre ces plaintes et lorsque des personnes, qui se trouvaient dans la rue pendant le bombardement, tombaient mortes, ils en riaient tout simplement."]
Text[163]=["Lord Bryce, préface :","Pendant l'été de 1915, des récits commencèrent à nous parvenir sur les événements qui se passaient en Turquie d'Asie, peu nombreux et rares d'abord, mais plus abondants par la suite. Ces récits décrivaient l'effort qu'on semblait faire pour exterminer, sans distinction d'âge, ni de sexe, toute une nation, qui pour son malheur était assujettie à un Gouvernement dépourvu de scrupules et de pitié."]
Text[165]=["Arnold Toynbee :","Alors qu'elles n'ont pas fait leur uvre en Europe, les flammes ont presque tout anéanti en Arménie et, pour le moment, nous n'y voyons que cendres et fumée. La vie sûrement en jaillira de nouveau quand les cendres seront balayées, car les tentatives pour exterminer les nations par des atrocités, malgré les indicibles souffrances humaines, atteignent rarement leur dernier but."]
Text[167]=["Document 32","Lorsqu'on s'adressa au Gouverneur pour obtenir que les nourrissons fussent confiés à des familles musulmanes charitables, pour les empêcher de mourir en route, il a répondu : « Je ne veux pas que l'odeur même des Arméniens reste ici ; allez dans les déserts de l'Arabie et fondez-y l'Arménie. »"]
Text[168]=["Document 57","L'énormité n'est pas tant dans les tortures, les massacres, les outrages etc., que dans l'intention, et l'effort fait pour exterminer une nation. Les Arméniens ont enduré les massacres, les outrages, les persécutions et les oppressions ; mais ceci brise tout espoir de vie et d'avenir."]
Text[169]=["A. Toynbee, Experiences, Oxford, 1969","« Le massacre des sujets arméniens de l'Empire ottoman en 1896... était un acte d'amateur sans grande efficacité à côté de la tentative largement réussi d'extermination pendant la Première Guerre mondiale, en 1915... Ce génocide fut exécuté sous le couvert de la légalité par un gouvernement qui agissait de sang-froid. Ce n'était nullement un tissu de massacres commis spontanément par des particuliers »"]
Text[166]=["Document 21, Récit d'infirmières de la Croix rouge allemande","A partir de ce jour, des bandes de déportés arrivèrent continuellement pour être tués, ainsi que de nombreux témoins étaient unanimes à le déclarer. Plus tard notre cocher nous raconta qu'on liait les mains aux victimes et qu'on les poussait ensuite dans le fleuve, du haut des rochers. Ce mode de tuerie fut probablement inauguré seulement lorsque les masses étaient trop considérables pour être massacrées, et de plus cela occasionnait moins de travail aux bourreaux."]
Text[167]=["","Le fracas des corps brisés retentit entre les parois rocheuses, mêlé aux cris d'effroi et de douleur des victimes agonisant plus haut. Les hommes et les femmes virent leurs enfants et leurs époux taillés en morceaux, éventrés, saignés à blanc ; ils virent leurs cadavres fracassés, gisant sur les arêtes rocheuses. Des mères devenues folles à la vue de ces scènes diaboliques se jetèrent elles-mêmes dans l'abîme meurtrier derrière leurs enfants et leurs époux."]
Text[168]=["","Et le quatrième jour, des troupes de la 86e brigade de cavalerie furent envoyées dans la gorge de Kémakh, soi-disant pour châtier les Kurdes meurtriers. Cette noble troupe couronna l'uvre sanglante en abattant impitoyablement les quelques survivants. Les pentes rocheuses étaient parsemées de cadavres gonflés qui remplissaient l'air d'une insupportable odeur pestilentielle"]
Text[169]=["","Jusqu'à la conclusion de la paix de Versailles, les dirigeants des nations alliées donnèrent libre cours à leur indignation. A maintes reprises, ils s'engagèrent solennellement à libérer de la domination turque les restes du malheureux peuple arménien. Ils ont, cependant, totalement manqué à leurs promesses."]
Text[170]=["","LORSQUE éclata la grande guerre, la Sublime Porte venait, par un accord avec la Russie, de s'engager à introduire des réformes dans ses provinces arméniennes qui se mouraient lentement sous les violences et les exactions du régime jeune-turc. Mais la tourmente guerrière déchaînée sur le monde permit au gouvernement jeune-turc, débarrassé de toutes les entraves de l'intervention d'humanité, de faire un nouveau et grand pas vers la solution du problème arménien selon la méthode, autrement radicale, inaugurée par le Sultan Abdul-Hamid: l'extermination de la nation, objet de la sollicitude gênante des Puissances."]
Text[171]=["","Toutes les nouvelles, de toutes les sources, parvenues de Constantinople, de Smyrne, dAngora, de Van, etc., etc., saccordent dans la description des horribles scènes de carnage dont les victimes sont, depuis le début de la guerre, les populations arméniennes de lempire"]
Text[172]=["","Les Turcs ont dressé un plan pour lextermination complète des Arméniens et ils lexécutent avec une sauvagerie qui fait dresser les cheveux sur la tête, avec des raffinements de cruauté dont lhistoire de lhumanité, même dans les siècles les plus reculés, donne peu dexemples."]
Text[173]=["","Les massacres d'Arméniens continuèrent mardi soir et des milliers furent égorgés. Le lendemain, l'odeur pestilentielle était telle que l'on ne pouvait réellement approcher de certains quartiers."]
Text[174]=["","Près de l'église arménienne Saint-Stephano. dans une ruelle, nous trouvâmes trois cadavres d'enfants de cinq à huit ans, la tête sectionnée. Quelques maisons plus loin toute une famille de sept personnes avait été égorgée. Les femmes avaient les seins coupés."]
Text[175]=[""," Le Gouvernement de la République a tenu dans les circonstances solennelles à flétrir les crimes des Jeunes-Turcs et à livrer au jugement de la conscience humaine leur monstrueux projet d'extermination de toute une race, coupable à leurs yeux d'avoir aimé le progrès et la civilisation."]
Text[176]=["","<p>L'Arménie expire. Mais elle renaîtra. </p><p> Le peu de sang qui lui reste est un sang précieux dont sortira une postérité héroïque. Un peuple qui ne veut pas mourir ne meurt pas. </p>"]
Text[177]=["","Quoique courbé et âgé de 86 ans, il prit la parole dans une grande réunion à Chester et fit un discours enflammé contre le « grand criminel dans le palais », le meurtrier sur le trône ; il déclara entr'autre que, si la Grande-Bretagne, la Russie et la France, qui avaient une influence et une puissance cin­quante fois supérieure à celle de la Turquie, et qui avaient pris des engagements solennels, cédaient devant la résis­tance du Sultan, elles seraient couvertes de honte aux yeux du monde entier. Mais cette assemblée finit comme beaucoup d'autres: par le vote d'une résolution ! Abdul-Hamid comprit que l'affaire n'irait pas plus loin, et il continua, sans se laisser troubler, la réalisation de ses plans."]
Text[178]=["Pendant la guerre","les Jeunes Turcs ont atteint leur but : nettoyer l'Anatolie du peuple arménien, et il peuvent dire avec Talaat pacha que la question arménienne «&nbsp;n'existe plus&nbsp;». Aucun gouvernement ou homme d'Etat, américain ou européen, ne s'occupe plus de ce qui s'y passe ; il semble que pour eux aussi cette éternelle question arménienne est résolue, noyée dans le sang (...) Il s'agissait en effet seule­ment d'un petit peuple ensanglanté, et industrieux, mais qui ne possédait pas de gisements de pétrole ou de mines d'or"]
Text[179]=["","Ce qui frappe dans tous ces récits, c&rsquo;est l&rsquo;organisation régulière et systématique des massacres. Les Allemands, à cet esprit d&rsquo;ordre, reconnaîtront leurs alliés et disciples. Ce n&rsquo;est pas une population qui se jette sur une autre dans une crise d&rsquo;anarchie sauvage."]
Text[180]=["","Mais nous qu&rsquo;avons-nous fait, lorsque abdul-hamid a ouvert la voie du sang où marchent les jeunes turcs ? Des horribles massacres du passé, et, par conséquent, des horribles massacres du présent, toutes les nations de l&rsquo;Europe sont responsables, toutes.<BR>  Les responsabilités sont loin d&rsquo;être égales, mais la part de la plus petite est encore trop grande ! Frères arméniens, pardon !"]
Text[181]=["","Je voudrais faire le  procès de l'odieux système de gouvernement qui sévit en Turquie et qui aboutit  aujourd'hui à l'assassinat de tout un peuple. (<em>Triple salve d'applaudissements.</em>)  Oui, l'extermination préméditée, méthodique, persévérante d'une race  d'hommes, les Arméniens, voilà le spectacle que l'Orient nous présente depuis  deux ans et demi. Jamais, dans ces pays, l'humanité, la civilisation, le  christianisme n'ont subi pareille injure, et la France commence seulement à  s'en douter, à s'émouvoir. "]
Text[182]=["","En août 1894, dans le district de  Sassoun, quelques villages chrétiens ayant refusé d'acquitter l'impôt déjà  payé, des troupes irrégulières et des Hamidié s'abattirent sur le pays. Plus  de trente villages furent incendiés, la population exterminée en masse, et  lorsqu'une commission d'enquête en partie internationale pénétra sur les lieux,  elle trouva un charnier humain, un sol gonflé de cadavres."]
Text[183]=["Paul Rohrbach","C'était  la méthode du sultan rouge Abdul-Hamid. Il se contentait des  massacres de quelques centaines de milliers d'Arméniens. Le  gouvernement des jeunes Turcs par contre a porté ce chiffre à  deux millions. En effet, pendant la (Première) Guerre  Mondiale il a décidé <em>d'anéantir  complètement </em>toute la  nation arménienne en Turquie. "]
Text[184]=["","Pour  comprendre comment les Jeunes-Turcs ont pu commettre sciemment cette faute  mortelle, il est nécessaire de pénétrer la mentalité du petit clan qui  gouvernait en maître absolu l'Empire ottoman. Leur psychologie d'ailleurs ne  diffère de celle d'un Abd-ul-Hamid et de celle de toute la race que par  l'hypocrisie des formules et la brutalité plus soutenue et plus méthodique des  moyens. Le « Sultan rouge » et les Jeunes-Turcs ont pratiqué la même politique  de nationalisme étroit, d'unification et de « turcisation » intérieure."]
Text[185]=["","La  proclamation de la guerre sainte, si elle ne parvint pas à soulever le monde  musulman, réussit du moins à fanatiser les Turcs; à cette occasion, une  brochure fut imprimée en arabe et distribuée dans tout l'Islam; elle appelait  tous les croyants à la guerre sainte, à l'extermination des chrétiens, les  Allemands exceptés"]
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