A Ourfa même, on massacre aussi, comme en témoigne Jacob Kuenzler, qui appartient en tant que diacre à la mission allemande locale : «Début août, arrivée de deux beys de Diarbekir. Aussitôt commença le transport vers la mort d'Arméniens prisonniers depuis longtemps : parmi eux se trouvait notre pharmacien Abraham. Le 15 août, on rechercha de jeunes Arméniens, soi-disant pour le service militaire. Le 19 août, un policier tomba dans une embuscade et fut tué lors d'une perquisition à trois heures de l'après-midi. Les autres policiers se précipitèrent dans le quartier musulman et firent un rapport à leurs supérieurs. Les deux beys de Diarbekir donnèrent l'ordre de massacrer les Arméniens. Le soir, près de cent Arméniens avaient été tués. Le jour suivant, cent Arméniens d'une brigade de travail se trouvant à une heure d'Ourfa vers le Nord furent égorgés. Le jour suivant, quatre cents autres d'une brigade de travail se trouvant vers le Sud. Depuis le 19 août, situation calme, mais les Arméniens restent chez eux. Le 29 septembre, la police recherchait des jeunes Arméniens qui avaient tiré des coups de fusil depuis une maison la nuit précédente. Ils essuyèrent cette fois encore une fusillade. Tous ceux qui pouvaient s'enfuir le firent. Des Arméniens qui étaient allés au marché se firent égorger et pourtant bien peu s'étaient risqués à y aller depuis le 19 août... Le 16 octobre, emprisonnement des Arméniens pour la plupart hors de cause, notamment des femmes et des enfants ; les hommes qui s'étaient rendus furent abattus, quelques-uns furent pendus. Peu à peu, les femmes et les enfants sont envoyés vers le Sud. La chasse des Arméniens qui ne s'étaient pas rendus et qui s'étaient cachés dans des puits et des abris dura encore très longtemps, jusqu'à la mi-novembre. Au début, on laissa en vie les boulangers qui n'avaient pas pris part à la révolte et ils purent travailler tranquillement dans leurs boutiques. Mais le 20 novembre, on les éloigna aussi et, une fois sur la route, ils furent égorgés16. »

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