A Van, après... Et c'est le directeur de l'orphelinat allemand de Van, M. Spörri, qui parle : « Devant nous, c'est Artamid avec l'agrément de ses jardins délicieux.. Mais quel aspect nous offre à présent le village! Ce n'est plus en majeure partie qu'un monceau de ruines. Nous y conversâmes avec trois de nos anciens orphelins, qui avaient, jadis, passé par des temps terribles. Nous continuons à cheval à monter vers la montagne d'Artamid. Nos regards errent sur la magnifique vallée de Hayotz-Dzor. Là, devant nous, se trouve Artananz, elle aussi complètement ravagée. Plus loin, dans une vigoureuse végétation, c'est Vostan. Son aspect antérieur lui méritait d'être appelé un paradis ; ces derniers jours, il est devenu un enfer. Combien de sang a-t-il coulé ? Là était le point d'appui principal des Kurdes armés. Au pied de la montagne, nous arrivons à Anghegh. Là aussi plusieurs maisons ont été détruites, 130 personnes ont dû y être tuées. Nous campâmes là, en face de ruines noires. Il y avait devant nous un « amrotz », une tour bâtie avec des tourteaux de fumier, comme on en voit souvent par ici. On nous dit que les Kurdes avaient brûlé là-dedans les Arméniens qu'ils tuaient. C'est affreux! Mais c'est encore mieux que si les cadavres des tués restaient, comme c'est arrivé ailleurs, longtemps sans sépulture, s'ils étaient dévorés par les chiens et empestaient l'air. Lorsque nous continuons ensuite notre voyage à cheval jusqu'à Guènn, des connaissances viennent au-devant de nous et nous racontent ce qui s'est passé. Là aussi, le théâtre de notre ancienne activité, école et église, ainsi que beaucoup de maisons, tout est en ruines. Celui chez qui nous avions coutume de loger est aussi parmi les tués. Sa veuve ne s'est pas encore remise du choc. On compte ici environ 150 morts. On nous dit qu'il y a beaucoup d'orphelins ; on nous demande si nous ne voulons pas en recueillir quelques-uns. Nous ne pouvions donner aucune réponse précise... Nous avions, du haut de la montagne, un coup d'œil merveilleux, mais dans les villages on ne voit partout que des maisons noircies et des décombres37. »

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