1897 : Guerre avec la Grèce. Bien que ses troupes soient victorieuses, la Turquie doit accepter de signer un traité qui consacre l'autonomie de la Crète, enjeu du conflit ; effet secondaire de l'intervention des Puissances, une nouvelle vague de réfugiés musulmans arrive en Asie mineure. L'ingérence européenne dans les affaires intérieures de l'Empire continue donc de limiter partout sa souveraineté : après le protectorat établi sur l'Egypte (Angleterre) et la Tunisie (France), ce sera l'intervention en Macédoine où se retrouve encore une fois l'engrenage de l'insurrection et de la répression.

1898 : Paraît à Genève une brochure sur l'assassinat de Midhat pacha. Publié par le Comité Ottoman d'Union et de Progrès, ce texte dénonce le crime d'Abdul Hamid et salue en sa victime un « patriote libéral » ; il marque, avec d'autres signes, l'apparition d'une nouvelle opposition jeune turque. En exil en Europe où le Sultan les fait espionner, ces futurs révolutionnaires sont de fervents nationalistes pour qui la dynamique des réformes peut seule sauver l'Empire de la dépendance et du démembrement : à l'image de l'autocrate incapable, ils opposent donc celle du Père de la Constitution.

1903 : Convention germano-turque pour la construction du chemin de fer de Bagdad. C'est l'aboutissement de dix ans de tractations, politiques aussi bien que financières ; car l'enjeu est important : resserrement du contrôle sur les provinces et plus grande mobilité des troupes pour l'Empire, pénétration économique (d'abord...) en Asie pour l'Allemagne et consolidation de sa présence. Le temps est désormais proche où l'ambassadeur à Constantinople dira : « Aujourd'hui comme dans l'avenir, nul ne pourra mettre un doigt sur l'Anatolie où nous avons des intérêts vitaux13. » Le Bagdadbahn est à Boulgourlou dès 1904, à Adana puis Kharpout en 1913 ; d'autres tronçons atteignent A!ep en 1912, Ras-el-Aïn et Bagdad en 1914. Mais l'emprise économique ne se limite pas aux chemins de fer, les capitaux européens (ils restent français en majorité) affluent dans tous les secteurs d'activité et l'Administration de la Dette publique ottomane renforce sa mainmise sur les ressources du pays ; il est vrai que sa gestion est bénéfique et qu'elle contribue à former une nouvelle génération de fonctionnaires ottomans. Mais rien ne vient démentir ce jugement formulé par un journaliste français en 1902 : « La Turquie est trop riche pour être aimée pour elle-même. Les légitimes propriétaires n'ayant pas su profiter de ses ressources, elle est devenue la proie d'une finance internationale qui tire de grands profits du désordre et le déplore avec d'hypocrites soupirs12. »