1881 : Le décret de Mouharrem concède aux porteurs étrangers de fonds turcs, « en vue d'assurer le recouvrement de leurs créances, le droit de faire percevoir sur toute l'étendue du territoire certains revenus déterminés »8 ; en même temps, le recouvrement de ces revenus est abandonné à un organe nouveau et autonome, l'Administration de la Dette publique ottomane. Cet événement capital est la conséquence de la banqueroute de 1875. La désorganisation du système fiscal, l'accumulation des emprunts, l'incapacité à conduire une politique financière rigoureuse, la pression étrangère aussi (par l'effet des concessions de tous ordres obtenues du gouvernement turc) ont abouti à la mise en coupe réglée d'une partie de plus en plus importante des ressources de l'Empire. Et les Puissances refuseront longtemps l'augmentation des droits de douane, dont le taux dérisoire (3 % puis 8 %) empêche l'économie turque de décoller. L'Empire doit rester pour les puissances européennes un terrain de chasse... en attendant le partage.

1889 : Visite officielle de l'Empereur Guillaume II à Constantinople. Ce geste confirme avec éclat le désir de l'Allemagne de se faire une place dans l'Empire : missions religieuses, développement culturel, assistance militaire, concessions de chemins de fer, tout est bon pour créer une influence et des liens aux buts grandioses. Car il ne s'agit de rien de moins que d'investir l'Asie mineure tout entière de l'Anatolie au pétrole du golfe Persique et du Caucase — et cela explique le célèbre toast de Damas (Guillaume II s'y déclare, en 1898, l'ami des 300 millions de Mahométans) comme la prise en main du chemin de fer de Bagdad (le non moins célèbre BBB : Berlin-Byzance-Bagdad, en partie construit entre 1903 et 1914).

1894 : « Le nom vénéré du Sultan est salué avec sympathie et allégresse sur tous les points de notre territoire22», écrit Emile Monvoisin, publiciste français. C'est l'époque où Abdul Hamid jouit à l'étranger d'une belle image : il est l'admirable souverain d'un Etat en plein essor et les troubles des provinces ne sont que des incidents inhérents au maintien de l'ordre, artificiellement gonflés, sinon même provoqués, par des ennemis malveillants. Pour assurer en Europe la couverture financière des emprunts, il faut que les nouvelles de Turquie soient bonnes...

 

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