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L'assassinat de l'Arménie - Novembre 1915
Qui peut sauver l'Arménie ? - 30 Octobre 1915

 

Pages 837 à 848

Novembre 1915

L'Assassinat de l'Arménie

LE PROGRAMME TURC D'ANNIHILATION DÉCRIT PAR DES REPRÉSENTANTS DU GOUVERNEMENT, DES ENSEIGNANTS, DES MISSIONNAIRES ET PAR D'AUTRES TÉMOINS DIRECTS.

Les massacres de Chrétiens les plus cruels, les plus impitoyables, les plus inexcusables, et à l'échelle la plus étendue au cours de ce dernier millénaire font couler en Arménie un déluge du sang d'hommes, de femmes et d'enfants. La population de tous les villages est anéantie par le feu, l'épée et la déportation. Il semble évident que ce mouvement contre les Arméniens fait partie d'un plan concerté dirigé contre tous les habitants non-turcs et chrétiens de Turquie. On estime que le nombre des tués par les Turcs et les Kurdes en " guerre sainte " est de 800 000. Au cours des massacres de 1895-96 sous le règne du sultan Abdul Hamid II, selon des statistiques scrupuleusement évaluées, 88 243 Arméniens, dont près de 10 000 étaient protestants, ont été assassinés, plus de 500 000 ont été spoliés de tous leurs biens, 2 493 villages et villes ont été pillés, 568 églises, dont 50 étaient protestantes, ont été vidées et détruites, et 282 autres converties en mosquées. En beaucoup d'endroits, les victimes qui avaient le choix entre la mort ou l'Islam n'ont pas hésité à choisir de mourir plutôt que de renier leur foi. En 1909, peu après que les Jeunes Turcs aient accédé au pouvoir, plus de 5 000 ont été tués à Adana, dans un massacre dans lequel le gouvernement a nié toute responsabilité. Aujourd'hui, par contre, le gouvernement Jeune Turc est responsable d'un programme systématique d'extermination. L'Allemagne n'est-elle pas, elle aussi, responsable – si ce n'est pour incitation à passer à l'acte, au moins pour n'avoir pas exigé de son alliée, la Turquie, qu'elle mette fin, immédiatement, à cette boucherie. La Turquie n'oserait pas continuer dans une voie qui pourrait provoquer la perte du soutien militaire et financier que lui apporte l'Allemagne.

Le texte qui suit est celui de l'ordre gouvernemental correspondant. Art. 2d. " Les commandants de l'armée, de corps d'armée indépendants, et de division, peuvent, en cas de nécessité militaire, et au cas où ils suspectent des actes d'espionnage ou de trahison, déplacer individuellement ou en masse,  les habitants de villages ou de ville, et les installer en d'autres lieux ".

Les ordres aux commandants ont pu être à l'origine raisonnablement humains; mais leur exécution a été dans la plupart des cas cruellement sévère, accompagnée dans beaucoup de cas par des brutalités horribles sur les femmes et les enfants, sur les malades et les vieux. La totalité des habitants de villages ont été déportés sous préavis de une heure, sans qu'il leur soit possible de se préparer pour le voyage, sans même dans certains cas, la possibilité de rassembler tous les membres de la famille; c'est ainsi que quelques enfants se sont retrouvés abandonnés.

La lecture des comptes-rendus relatifs aux peines de l'Arménie est difficile. Beaucoup des faits ont déjà fait l'objet de publication. Nous en reprenons ici de nombreux afin de susciter auprès des lecteurs de la Revue une prière ou une aide financière pour  les veuves ou orphelins qui ont survécu[1].

Pour des raisons évidentes, les noms des divers intervenants ne sont pas donnés pour l'instant. Ils sont connus de l'American Committee, qui se porte garant pour eux et pour leurs déclarations. Dans la plupart des cas, il est nécessaire de dissimuler le lieu où les déclarations ont été écrites, et même le nom des localités et des villes mentionnées, afin que l'auteur ou ses intérêts ne soient pas exposés à des atteintes irréparables.

Preuves Documentées

Nous citons quelques-uns des documents qui sont en possession de l'American Committee:

Les rapports de persécution,  de pillage et de massacre des Arméniens dans les régions intérieures du pays ont commencé à arriver dès le mois d'avril; l'éparpillement de ces gens innocents, leur grand nombre, sont manifestement les indices d'une campagne d'extermination.

10 juillet. Persécution des Arméniens dont on pense qu'elle atteint des proportions sans précédent. Des rapports qui en font état, dans des régions très éloignées les unes des autres, font penser à une tentative systématique tendant à éradiquer les paisibles populations arméniennes, et décrivent des arrestations arbitraires, des tortures terribles, des expulsions et déportations à grande échelle, d'un bout de l'empire à l'autre, accompagnées dans bien des cas par le viol, le pillage, l'assassinat tournant au massacre, afin de les réduire à la misère et à la destruction. Il ne s'agit pas là d'une réponse à des demandes fanatiques ou populaires; ce sont des actes purement arbitraires, et organisés depuis Constantinople. Misère, maladie, famine et perte de vie, indicibles, se poursuivront sans retenue…

16 juillet. " Déportations de paisibles Arméniens et abus sur leur personne  se multiplient, et à la lecture des atroces comptes-rendus de témoins oculaires, il apparaît que l'extermination d'une race est en cours ". Les protestations et les menaces sont vaines et incitent probablement le gouvernement ottoman à recourir à des mesures de plus en plus radicales, déterminé qu'il est à rejeter toute responsabilité, et ignorant absolument les capitulations, et je pense que la seule réponse qui convienne à cette situation serait la force réelle, une force à laquelle les États-Unis ne sont guère en position d'avoir recours.             

31 juillet. " Des Arméniens, femmes et enfants pour la plupart, déportés de la région d'Erzéroum, ont été massacrés près de Kemakh, entre Erzéroum et Kharpout ". Des comptes-rendus similaires nous parviennent  d'autres sources, selon lesquels probablement peu de ces réfugiés atteindront leur destination…

Dans beaucoup de cas les hommes (ceux en âge d'être incorporés étaient presque tous dans l'armée) étaient fermement ligotés les uns aux autres par des cordes ou des chaînes. Des femmes avec des petits enfants dans les bras, ou dans les derniers jours de leur grossesse, étaient escortés au fouet comme du bétail. Trois cas différents m'ont été rapportés dans lesquels la femme jetée sur la route, poussée à marcher plus vite, était morte d'une hémorragie. Je connais également un cas où le gendarme impliqué, une personne empreinte d'humanité, avait permis à la pauvre femme qu'elle se repose pendant plusieurs heures, puis procuré une charrette pour qu'elle y monte. Quelques femmes étaient épuisées et désespérées à tel point qu'elles abandonnèrent leurs enfants au bord de la route. Beaucoup de femmes et de filles ont été outragées. En un endroit, le commandant de gendarmerie dit ouvertement aux hommes sous ses ordres qu'ils étaient libres de faire leur choix parmi les femmes et les filles…

Pratique de la Torture

Le problème a commencé pour les Arméniens, comme pour toutes les autres nationalités, avec la mobilisation des soldats. Le gouvernement a accaparé tous les hommes pour le service militaire. Des centaines de soutiens de famille durent quitter leur maison, forcés d'abandonner à leur sort femme et enfants. Dans beaucoup de cas, les derniers sous étaient dépensés pour équiper le soldat sur le départ, laissant la famille dans un dénuement pitoyable. Un certain nombre d'Arméniens aisés payèrent la somme prévue pour être exemptés des obligations militaires. Un nombre plus grand d'entre eux s'y sont soustraits d'une façon ou d'une autre, en sorte qu'il restait dans les villages, après le départ des soldats, plus d'Arméniens que de Turcs. Cela rendit le gouvernement soupçonneux et l'effraya. La découverte de complots arméniens contre le gouvernement dans d'autres lieux rajouta à ce sentiment. Les problèmes arméniens s'aggravèrent au début du mois de mai. Au milieu de la nuit, près de vingt chefs de partis politiques nationaux arméniens furent rassemblés et envoyés dans les prisons où ils sont encore. En juin, le gouvernement commença à rechercher les armes. Quelques-unes furent saisies chez les Arméniens et par la torture, on fit avouer qu'une grande quantité d'armes étaient détenues par certains Arméniens. Une deuxième inquisition commença. On recourait fréquemment à la bastonnade, ainsi qu'au supplice du feu (plusieurs cas de yeux arrachés ont été rapportés). Beaucoup de fusils furent déposés, mais pas tous. Les gens avaient peur, s'ils rendaient les armes, d'être massacrés comme en 1895.  Les armes avaient été conservées avec la permission du gouvernement après la déclaration de la constitution, et ne servaient qu'à l'auto-défense. La torture continuait de régner, et sous son influence, des faits firent leur apparition en leur temps. Du fait de la tension nerveuse et des souffrances physiques, beaucoup de choses furent dites qui étaient en fait sans aucun fondement. Ceux qui infligeaient la torture disaient à la victime qu'ils espéraient qu'elle avoue, puis les battaient jusqu'à ce qu'elle le fasse. Le mécanicien du collège avait créé un "boulet" en fer pour les jeux athlétiques, et il fut terriblement battu pour avoir entrepris la fabrication de bombes au collège. Quelques bombes furent découvertes au cimetière arménien, ce qui chauffa à blanc la fureur des Turcs. Il faudrait dire qu'il est très probable que ces bombes avaient été enterrées du temps d'Abdul Hamid…

Grâce à l'intervention d'un Turc, et moyennant le paiement d'une somme de 275 livres turques, on parvint à libérer ceux des enseignants du collège qui avaient été arrêtés  et à obtenir une suspension des procédures engagées contre tous les enseignants et employés, Ce même Turc dit plus tard qu'il pourrait obtenir l'exemption totale du collège moyennant le paiement d'une somme supplémentaire de 300 livres. L'argent fut promis, mais après quelques négociations, d'où il ressortit qu'aucune exemption n'était définitivement assurée, on en resta là…

Panique et agression

La panique qui régnait dans la ville était extrême. Les gens avaient le sentiment que le gouvernement était décidé à exterminer la race arménienne, et qu'ils n'avaient pas les moyens d'y résister. Les gens étaient sûrs que les hommes avaient été tués et les femmes kidnappées. Beaucoup des détenus dans les prisons avaient été libérés, et les montagnes autour de …. étaient pleines de bandes de hors-la-loi. On craignait que les femmes et les enfants soient emmenées à distance de la ville et livrés à ces hommes. Quoi qu'il en soit, il y a des cas prouvés de kidnapping de jeunes filles attrayantes par les officiels turcs de …. Un musulman a rapporté qu'un gendarme lui avait offert deux filles pour un medjidieh [pièce de monnaie ayant cours en Turquie ndt]. Les femmes pensaient que leur sort serait pire que la mort, et beaucoup gardaient du poison dans leur poche pour le cas où ce serait nécessaire. Quelques-uns portaient pioches et pelles pour enterrer, ils le savaient à l'avance, ceux qui aller mourir sur le bord des routes. Dans cette ambiance de terreur, il était dit qu'il était facile d'en réchapper; que quiconque acceptait l'Islam serait épargné dans sa maison. Les bureaux des avocats qui enregistraient les candidatures étaient investis par des gens désireux de devenir des mahométans. Beaucoup le firent pour préserver leur femme et leurs enfants, pensant que le calme reviendrait au bout de quelques semaines.

Cette déportation se poursuivit à intervalles d'à peu près deux semaines. Il est estimé sur les 12 000 Arméniens à peu près vivant à …, il ne restait que quelques centaines. Même ceux qui avaient accepté l'Islam avaient été emmenés…

Déportation forcée            

28 juin 1915

Je veux vous informer de la situation ici. C'est très grave et s'aggrave de jour en jour. Je suppose que … vous a informé des choses horribles qui se passent à …. Le même règne de la terreur a commencé à s'installer ici aussi. Chaque jour, la police cherche des armes dans les maisons des Arméniens, et même s'ils n'en trouvent aucune, ils emmènent les hommes les plus honorables et les emprisonnent; certains d'entre eux sont déportés, d'autres torturés au fer rouge pour avouer où ils cachent des armes hypothétiques. Il y a quatre semaines, ils ont déporté 15 hommes et leur famille, les conduisant à… dans le désert, à trois journées de marche d'ici vers le sud.

La gendarmerie semble avoir en totalité le contrôle des affaires et c'est le mutessarif [gouverneur, nommé par le gouvernement central et placé sous son autorité, ndt] qui les dirige. Environ 100 des meilleurs citoyens de la ville sont en prison; le chef de la gendarmerie a appelé aujourd'hui l'évêque arménien et lui a dit que sauf à remettre les armes et à dénoncer les révolutionnaires se trouvant parmi elle, il avait des ordres pour déporter la totalité de la population arménienne de… comme avait été déportée  la population de….

 Le récit d'une veuve

Une semaine avant que rien ne se soit produit à …, les villages tout autour avaient été vidés de leurs habitants, livrés aux gendarmes et aux bandes de brigands en maraude. Trois jours avant le départ des Arméniens de …, après avoir été emprisonné pendant une semaine, l'évêque de … a été pendu, avec sept autres notables. Après ces pendaisons, sept ou huit autres notables ont été tués dans leur propre maison, ayant refusé de s'en aller de la ville. Soixante et dix à quatre-vingt autres Arméniens, après avoir été battus en prison, ont été emmenés dans les bois et tués. La population arménienne de … a été expulsée en trois groupes; je faisais partie du troisième groupe. Mon mari est mort il y a huit ans, me laissant avec notre fille âgée de huit ans et avec ma mère dont l'importante fortune nous permettait de vivre confortablement. Depuis que la mobilisation a été décrétée, le commandant de … vit gratuitement dans ma maison. Il m'a demandé de ne pas m'en aller, mais j'ai pensé qu'il était de mon devoir de partager le sort de mon peuple. J'ai pris avec moi trois chevaux chargés de provisions. Ma fille avait autour du cou quelques pièces de cinq livres, et je portais sur moi quelques vingt livres et quatre bagues serties de diamants. Tout le reste de ce que nous avions a été abandonné derrière nous. Notre groupe s'est mis en route le 1er juin (ancien calendrier); quinze gendarmes nous accompagnaient. Le groupe était constitué de cinq à six cents personnes. Nous n'avions pas quitté notre maison depuis seulement deux heures, que des bandes de villageois et de brigands en grand nombre, armés de fusils, de pistolets, de haches etc., nous entourèrent sur la route et s'emparèrent de tout ce que nous avions. Les gendarmes m'ont pris les trois chevaux qu'ils ont vendus aux mouhadjirs [Musulmans réfugiés des Balkans, ndt] turcs, empochant l'argent. Ils ont pris mon argent et celui que ma fille portait autour du cou, et aussi toutes nos provisions. Après cela, ils ont séparés les hommes, et les ont abattus un à un, tous, en six ou sept jours – tous ceux de sexe masculin au-delà de quinze ans. Ces bandits se sont emparé de toutes les femmes belles et les ont emportées sur leur cheval. Très nombreuses étaient les femmes et les files qui furent emmenées dans les montagnes, et parmi elles se trouvait ma sœur, dont ils jetèrent le bébé d'un an; un Turc l'a pris et emporté je ne sais où. Ma mère a marché jusqu'à ne plus pouvoir aller plus loin, et se laissa tomber au bord de la route au sommet d'une montagne. Nous avons trouvé sur la route beaucoup de ceux partis du village de … avec les groupes précédents; quelques femmes étaient parmi les tués, avec leur mari et leurs enfants. Nous avons également rencontré quelques personnes âgées et enfants, encore vivants mais dans un état pitoyable, incapables de parler. Il ne nous était pas permis de dormir la nuit dans les villages; nous étions abandonnés dans leurs alentours. Dans la nuit, des actes indescriptibles étaient commis par les gendarmes, les brigands et les villageois sous couvert de l'obscurité. Beaucoup parmi nous moururent de faim et d'attaques d'apoplexie. D'autres étaient abandonnés au bord de la route, trop faibles pour continuer.

Un matin, nous avons vu un convoi de cinquante à soixante chariots avec environ trente veuves turques dont les maris avaient été tués à la guerre; et elles étaient en route pour Constantinople. Ces femmes voulaient bien prendre ma fille avec elles, mais elle refusa de se séparer de moi. Finalement, ayant promis de devenir musulmanes, on nous fit monter toutes les deux dans leurs chariots. Aussitôt montées à bord du araba [voiture hippomobile, en arabe ou en turc, ndt], elles commencèrent à nous apprendre comment se comporter en musulmanes, et changèrent nos noms en … et … .

Le Sort des Exilés

S'il ne s'agissait que d'être obligé de s'en aller d'un endroit pour aller à un autre, ce ne serait pas si grave, mais tout le monde sait qu'en réalité, il s'agit d'aller à sa mort. S'il subsistait un seul doute sur ce point, il aurait disparu à l'arrivée de plusieurs convois, comptant plusieurs milliers de personnes, partis d'Erzéroum et d'Erzingan. J'ai visité plusieurs fois leur campement et parlé avec certains d'entre eux. On ne peut imaginer une scène aussi pitoyable. Ils sont, presque sans exception, exténués, affamés, et malades. Cela n'est pas surprenant, lorsqu'on sait que pendant presque deux mois, ils étaient sur la route, sans qu'il leur soit possible de changer de vêtements, de se laver, sans un endroit pour s'abriter et avec peu de nourriture. Le gouvernement leur a donné ici quelques maigres rations. Je les ai observés une fois lorsque leur nourriture a été apportée. Des animaux sauvages ne se comporteraient pas autrement. Ils se sont rués sur les gardes qui portaient la nourriture et les gardes les ont fait reculer à coups de matraque, les frappants quelquefois assez fort pour les tuer. À les voir, on pourrait difficilement croire que ce sont des êtres humains.

Tandis qu'on se déplace dans le camp, les mères montrent leur enfant et demandent qu'on veuille les prendre. En fait, les Turcs ont choisi parmi ces enfants et ces filles, ceux qui leur serviront d'esclaves ou ceux qu'ils destinent à un sort pire encore. En fait, ils ont même fait venir leur docteur pour examiner les filles et les aider dans leur choix.

Il y a très peu d'hommes parmi eux, la plupart d'entre eux ayant été tués sur la route. Tous racontent le même récit des attaques et des vols par les Kurdes. Pour la plupart, ils avaient été attaqués encore et encore, et un grand nombre d'entre eux, spécialement les hommes, avaient été tués. Des femmes et des enfants aussi avaient été tués. Beaucoup étaient morts, inévitablement, de maladie et d'épuisement le long de la route, et il y a parmi eux des morts chaque jour depuis qu'ils sont arrivés ici. Plusieurs groupes différents une fois arrivés, après être restés sur place un jour ou deux, ont été forcés de reprendre la route sans destination apparente. Ceux qui sont parvenus jusqu'ici ne représentent qu'une faible proportion, cependant, de ceux qui ont été forcés de prendre a route. En continuant à traiter ces gens de cette façon il sera possible d'en être débarrassé dans un temps relativement court.

Un Plan pour Intervenir

Le Vicomte Bryce, anciennement ambassadeur britannique aux États-Unis, a adressé, par l'intermédiaire d'Associated Press, un vigoureux appel à l'Amérique pour qu'elle tente d'arrêter le massacre des Arméniens. Lord Bryce n'est pas de ceux qui présentent les faits de façon erronée ou exagérée. Entre autres choses, il a dit : " À Trébizonde, où les Arméniens étaient plus de dix mille, des ordres sont venus de Constantinople pour arrêter tous les Arméniens. La troupe les a arrêtés, les a conduits sur la côte, les a embarqués, jetés par-dessus bord et tous noyés – hommes, femmes et enfants. Cela a été vu et rapporté par le Consul italien ".

    Les déclarations de Lord Bryce sont confirmées par des rapports issus directement de ceux qui les ont recueillis en premier.

Du peuple arménien dans son ensemble, un tiers au moins a disparu, et ce tiers inclut les dirigeants de tous les domaines de la société, les marchands, les professionnels, les pasteurs, les évêques, et les fonctionnaires. Rien n'est sûr pour ceux qui sont libres pour l'instant. Ce n'est qu'au moyen de mesures provisoires, telles que corruption ou faveurs spéciales, que de tels sursis ont pu se produire.

" Il semble possible de faire quelque chose pour sauver ceux qui restent. Un permis a été obtenu récemment par l'intermédiaire de l'Ambassade allemande pour ceux en relation avec la Mission allemande, enseignants et leur famille, orphelins et employés, une centaine de personnes, pour qu'ils restent. Il est temps que l'Amérique prenne les dispositions possibles pour obtenir par l'intermédiaire de l'Ambassade américaine un permis pour le reste des Arméniens de rester dans leur maison ou se réfugier sans armes dans un territoire plus hospitalier.

Intérêt des Missions Américaines[2]

 L'Amérique a plus d'intérêts en Turquie que n'importe quel autre pays, peut-être même plus que toute l'Europe ensemble. Cet intérêt n'est pas politique, mais humanitaire. En 1819, l'American Board of Commissionners for Foreign Missions [ Conseil Américain des Administrateurs de Missions à l'Étranger] a commencé à travailler dans l'Empire ottoman, et depuis bientôt un siècle, poursuit ses travaux avec vigueur et avec autant de prévoyance et de vision qu'aurait un homme d'état. Les missionnaires ont apporté dans ce pays presse et littérature périodique, médecine moderne et hygiène, hôpital moderne, industries nouvelles et entreprises commerciales, éducation occidentale, jusqu'aux établissements d'enseignement secondaire et supérieur. Quelques-unes de ces institutions sont: le Syrian Protestant College à Beyrouth avec ses écoles supérieures; le Robert College de Constantinople; et le Constantinople College for Girls, constituée chacune en société commerciale aux USA et valant chacune plus d'un million de dollars. À côté de ces institutions de réputation internationale, il en existe d'autres, comme l'International College à Smyrne, l'Anatolia College à Marsovan, le Teacher's College à Sivas, l' Euphrates College à Kharpout, le Van College à Van, l'Aintab College à Aintab, le Central Turkey College of Women à Marash, l' American Collegiate Institute for Girls à Smyrne, le  St Paul’s College à Tarse, et, en outre, trois fois ce nombre en établissements secondaires et académies avec leur écoles intermédiaires et préparatoires sur tout le territoire depuis Smyrne jusqu'à la Perse, et depuis la Mer Noire jusqu'à l'Arabie.

Parmi les nombreuses institutions en difficulté, il y a l'American Mission College  à Kharpout. L'un des correspondants dignes de foi écrit: " Les deux tiers environ des élèves filles, et les six septièmes des garçons ont été pris pour mourir, pour être déportés ou enfermés dans la maison de Musulmans. Parmi nos professeurs, quatre sont partis et il en reste trois.

" Le professeur Tenekejian, qui était le représentant protestant des Américains auprès du gouvernement, a été arrêté le 1er mai. Aucune accusation n'était portée contre lui, mais les cheveux sur sa tête, les poils de sa moustache et de sa barbe ont été arrachés dans une tentative vaine de le faire avouer. Il a été privé de tout et pendu par les bras pendant une journée et une nuit entière et battu à plusieurs reprises. Vers le 20 juin, il a été emmené vers Diyarbékir et tué dans un massacre collectif sur la route.

" Le professeur Nahiguian, qui a étudié à Ann Arbor, a été arrêté vers le 5 juin et a subi le même sort que le professeur Tenekejian sur la route.

" Le professeur Vorperian, un citoyen de Princeton, a été arrêté pour lui montrer un homme qui a été battu presqu'à mort devant lui. Il est parti sous escorte pour la déportation avec sa famille, vers le 5 juillet, et a été tué juste après Malatya.

" Le professeur Boujicanian, diplômé d'Edinburgh, a été arrêté en même temps que le professeur Tenekejian; il a subi les mêmes tortures, les ongles de trois doigts lui ont été arrachés depuis la racine, pour être ensuite tué au cours du même massacre.

" Parmi les enseignantes, il a été rapporté que l'une d'entre elles avait été tuée à Chunkoosh,  et il a été rapporté qu'une autre avait été enfermée dans un harem turc; on n'a  plus entendu parler de trois d'entre elles; quatre sont parties en déportation, et dix sont libres.

Le peuple Arménien a répondu sans réserves à l'appel de l'éducation moderne. La majorité des 25 000 étudiants dans les écoles au nord de la Syrie étaient issus de cette race historique et énergique. Ils ont suivi les cours aux États-Unis par milliers. On peut dire que l'Amérique a découvert la race arménienne et l'a accompagnée dans le monde occidental. Il convient donc éminemment, qu'en ces temps de lutte à mort, d'Amérique soit la première à élever la voix pour protester, et la plus prête à intervenir pour sauver cette nation de l'annihilation.   

Il y a actuellement quelques quatre cents Américains en Turquie liés avec différents conseils et institutions. En outre, dix fois plus nombreux sont ceux qui, originaires du pays, en majorité Arméniens, Grecs, et Syriens, s'étaient attachés à apporter à ce pays la bénédiction de la civilisation chrétienne. Ces Américains restent à leur poste, s'efforçant de toutes les façons en leur pouvoir d'apaiser et sauver leur peuple.

Selon certains, les Juifs subiront à leur tour le sort des Arméniens et des Grecs. Dans l'ensemble, les Turcs n'éprouvent pas, envers les Arméniens et les  Grecs, des sentiments hostiles; les indications à cet égard sont nombreuses; s'ils n'étaient pas forcés d'exécuter ces mesures drastiques d'extermination, ils ne le feraient pas. Certains se sont exprimés pour dire que ces mesures ne sont pas dans l'esprit mahométan et contrarient les préceptes de leur religion.        

Dans beaucoup d'endroits, les autorités locales turques ont vigoureusement protesté. Le Gouverneur de … a été rappelé à Constantinople pour répondre à l'accusation de n'avoir pas obéi aux ordres d'exécuter les mesures drastiques du gouvernement central. D'autres ont dit aux missionnaires que les mesures étaient des plus cruelles, inutiles et même désastreuses pour le pays, mais qu'ils étaient à la fin forcés d'obéir; les gouverneurs qui traînaient les pieds ou refusaient d'obéir étaient déplacés, comme celui de …,  remplacé par le Gouverneur de …, qui avait déjà exécuté avec vigueur l'ordre de massacre et d'extermination.

Jusqu'ici, comme on peut le démontrer, les deux officiers turcs Enver pacha et Talaat bey, sont la source de ces mesures. Nombreux sont ceux qui croient (et parmi eux sont en grand nombre les missionnaires et d'autres) qu'Enver pacha est aux ordres du Kaiser.

Qui sont les Arméniens ? [3]  

Au sens strict du terme, il n'y a pas actuellement, d'Arménie. Ce nom n'est employé ni politiquement, ni géographiquement pour définir un territoire précis. Lorsqu'on l'emploie, le nom renvoie en général à une région centrée sur le lac de Van en Turquie asiatique, et s'étendant de là vers le nord et le sud-ouest. L'ancienne Arménie était un pays dont les frontières changeaient continuellement en fonction des fortunes de la guerre. La partie la plus étendue de la région fait à présent partie de l'Empire ottoman, et est également appelée Kurdistan,. Cette région ne comporte qu'une fraction de la race arménienne. Elle est habitée par des Turcs, des Arméniens, des Russes, des Perses, des Kurdes, des Circassiens, des Grecs, des Nestoriens, des Yézidis, des Syriens, et des Juifs.

Le début de l'histoire des Arméniens est à ce point mélangé avec le mythe et la légende que la vérité est difficile à trouver. Au cours des périodes assyriennes et médiques régnait dans le bassin du Lac de Van  une monarchie organisée, avec une puissance militaire forte. De temps à autres, ils étaient des opposants formidables aux Mèdes. Ce pays était bien connu des Assyriens déjà au neuvième siècle avant JC. Il était peuplé de quatre races – les Maïri, les Urarda, les Minni et les Hittites.

Ces races semblent avoir maintenu leur indépendance jusqu'au règne d'Assurbanipal vers 640 avant JC, lorsque le dernier roi de leur dynastie tomba sous le joug assyrien.

Mais, au temps d'Hérodote, tout semble indiquer qu'un peuple étrange soit entré dans ces terres, apportant avec lui une langue nouvelle, de nouveaux noms et coutumes, et une religion nouvelle. La source dont il était issu est incertaine. Hérodote et Stephen croient qu'il vient de Phrygie, bien que leur langage et leur religion suggèrerait plutôt la Médie. Une chose est certaine: les anciens touraniens avaient cessé de régner, et la race arménienne avait été formée, sans doute issue d'un mélange de tribus aryennes avec les populations primitives touraniennes. (Le mot " Arménie ", employé dans Isaïe 37:38 et 2 Kings est une traduction incorrecte pour " la terre d'Ararat ". Les preuves selon les normes actuelles de l'histoire arménienne qui décrit les événements de quelques seize siècle ne sont pas connues. Selon elle, le premier souverain d'Arménie est Haïk, fils de Torgamah, fils de Gomar, fils de Japheth, fils de Noé. L'histoire arménienne rapporte également qu’à l’époque de la captivité d’Israël, un certain nombre d'Hébreux s’enfuirent vers les montagnes d’Arménie et que des mariages eurent lieu entre les deux peuples. Plus tard, le roi arménien Kikran (Tigrane) était ami et allié de Cyrus. Son successeur était Vahakn, célébré dans des chansons et des récits pour ses grandes victoires, déifié après sa mort.

En 67 avant JC, l’Arménie devint une alliée de Rome, mais s’étant rebellé, leur roi, Ardavaz, fut capturé par Pompée et décapité à Alexandrie par Cléopâtre, en 30 avant JC, et le pays devint tributaire de Rome. Le pays sombra alors dans les troubles au cours des deux siècles et demi qui suivirent. Les constants efforts de la Perse tendaient à imposer aux Arméniens, au lieu de sa religion chrétienne, le Mazdéisme à sa place. À cette fin, des persécutions cruelles furent commises, et des incursions fréquentes eurent lieu. Entre 632 et 859 après JC, l’Arménie était le cadre de combats presque incessants entre l’Empire de l’est et les Mahométans, et elle devint tour à tour soumise à l’un et à l’autre. Elle maintînt son indépendance jusqu’à 1375, lorsque le dernier roi arménien Léon VI, fut capturé par les égyptiens et banni.

À partir de là, l’Arménie perdit son existence nationale distincte. La plus grand partie de son territoire fut annexée à la Turquie, tandis que la partie située à l’est resta soumise à la Perse et la partie nord-est à la Russie. La Russie étendit son emprise à une autre partie importante de l’Arménie en 1878.

S’agissant de qualités morales, l’Arménien se compare favorablement avec les autres races de l’orient. Les Arméniens sont des cultivateurs, des artisans, des marchands et des banquiers. Ils sont persévérants, et avisés dans le domaine financier. En Turquie asiatique, seuls les Grecs soutiennent la comparaison avec eux dans le négoce, les techniques, le sens des affaires, et l’intelligence en général. En dépit de la progression de la pauvreté partout en Turquie, les Arméniens, jusqu’aux massacres de 1895-96,  s’en tiraient mieux que les autres races. Le nombre d’Arméniens dans le monde est estimé à 2 à 3 millions, dont les deux tiers résident en Turquie. Les autres sont en Russie, en Perse, aux Indes, en Chine, en Afrique, en Europe, en Amérique du nord et du sud, et dans d’autres pays. Jusqu’à présent, la nation a préservé sa spécificité à un niveau remarquable, ressemblant en cela, comme en d’autres caractères, aux Juifs. Avec leur dispersion à travers le monde, cependant, les Arméniens se marient avec les autres races, et une tendance à la désintégration de la race est clairement apparue.

L’Église et la foi arméniennes              

Les auteurs arméniens soutiennent que l'Église arménienne remonte au temps du Christ. D’après Moïse de Khorène, l’historien arménien, un Agbar ou Agbarus, roi d’Édesse aurait été converti après avoir entendu les merveilleux prêches de Jésus, et aurait été baptisé par Thaddée, l’un des soixante et dix disciples qui furent les premiers envoyés comme missionnaires. Cet Agbar est tenu par les Arméniens pour avoir été leur roi, bien que Tacite lui ait donné le titre de roi des Arabes.

Mais ce n’est pas avant le quatrième siècle que la nation arménienne dans sa totalité, a accepté le christianisme. C’est au début de ce siècle que Grégoire l’Illuminateur, prédicateur à la cour d’Arménie, obtînt que dorénavant, le Christianisme soit la religion des Arméniens. Pour cette raison, l’Église arménienne est souvent appelée " Église grégorienne ". Les Arméniens eux-mêmes, cependant, l'appellent " Église de l'Illuminateur " ( Loussavorchagan ). 

La persécution, comme habituellement, ne servit qu'à renforcer le sentiment religieux du peuple, qui à partir de cette époque, s'est identifié à sa nationalité. Sous la domination turque, chaque communauté religieuse était assimilée à une communauté politique. L'Église arménienne est en ce moment un peu plus que cela. Elle est par conséquent, inséparablement identifiée à la race, et tient en grande partie du Christianisme oriental.

Parmi les caractéristique essentielles de la foi des Arméniens, on trouve :

1.    Ils croient que l'Esprit procède seulement du Père.

2.    Ils acceptent sept sacrements, bien qu'en pratique, le baptême, la confirmation, et l'onction soient entremêlées.

3.    Ils baptisent les enfants dès huit jours ou même avant par immersion à trois reprises, leur offrant immédiatement la communion.

4.    Ils acceptent la transsubstantiation et le culte des éléments consacrés de Dieu.

5.    Ils ont le pain sans levain, qui est trempé dans le vin et donné aux fidèles du peuple en communion, qui le reçoivent dans la bouche des mains du prêtre.

6.    Ils prient pour les défunts, mais n'admettent pas le Purgatoire.

7.    Ils pratiquent la confession auriculaire recueillies par le prêtre, qui impose pénitence et donne l'absolution, mais ne dispense pas les indulgences.

8.    Ils prient la Vierge et les Saints, et ont foi en leur médiation. Comme les Grecs, ils rejettent les images et acceptent les portraits.

9.    Ils croient en la virginité perpétuelle de Marie, " Mère de Dieu ".

10. Ils voient dans le baptême et la régénération une seule et même chose, et n'ont pas le concept pratique de naissance nouvelle. Ils sont tous sauvés s'ils ont reçu les sacrements, fait pénitence, observé les fastes de l'Église, et œuvré comme il convient.

11. Le pêché originel est absous par le baptême, et les pêchés réels par la confession et la pénitence.

Les messes sont dites dans les églises tous les matins à l'aube, et tous les soirs au coucher du soleil, toute l'année. L'autel est invariablement tourné vers l'est. Le sacrement du Souper du Seigneur est observé deux fois par semaine, mais le peuple n'y prend habituellement part que deux fois par an. La messe est considérée comme l'un des rites formels de l'Église. La confession par un prêtre est une préparation nécessaire à sa participation.

À l'origine, l'Église était sous l'autorité spirituelle d'un Catholicos unique, qui était vicaire général. Il résidait alors à Sivas, mais des contestations apparurent et avec elles des divisions, en sorte que cette charge fut désormais dévolue à trois dignitaires. Seul le Catholicos a le pouvoir d'ordonner les évêques et de consacrer l'huile sacrée employée dans les diverses cérémonies de l'Église.

Aux côtés du Catholicos, il y a en Turquie deux patriarches, l'un résidant à Constantinople et l'autre à Jérusalem. Ces fonctions ont été établies par l'autorité mahométane à des fins purement politiques. Le patriarche doit avoir un siège épiscopal, mais à sa dimension spirituelle est adjointe un rôle politique considérable envers le gouvernement, s'agissant des questions civiles qui concernent les Arméniens grégoriens. Le Patriarche de Constantinople est reconnu, en vertu de sa mission, comme le chef civil de l'Église arménienne en Turquie. Les prêtres sont mariés, et doivent avoir une épouse au moment de leur ordination, mais ne peuvent en aucun cas se remarier. Le prêtre ne peut pas devenir évêque à moins que sa femme ne décède.

Missions Évangéliques en Arménie

Les obstacles au travail de missions évangéliques parmi les Arméniens ont été nombreux. Parmi ces obstacles, (1) l'idée que l'église est consubstantielle avec la race arménienne, en sorte que quiconque se retire de l'Église perd sa nationalité. (2) L'Église est déjà et nominalement chrétienne, mais la vie chrétienne a peu de relations avec la confession chrétienne. (3) La paupérisation et l'oppression imposées aux Arméniens, et la rudesse de la vie orientale. (4) L'attirance opérée par l'Occident sur les jeunes, comme un refuge contre l'oppression et les massacres, et l'émigration des meilleurs d'entre les jeunes qui en résulte.

Il y a eu cependant quelques encouragements spécifiques au travail parmi les Arméniens : La nature religieuse de la race, et le fait qu'ils acceptent la Bible comme l'expression de Dieu. (2) Le désir général d'éducation. (3) La relation particulière des Arméniens avec les quatorze millions de citoyens d'autres races avec lesquels ils cohabitent, et qui peuvent être approchés par l'Église évangélique arménienne. (4) Depuis que le travail des missions a commencé avec les Arméniens, on a vu le rejet graduel de leurs superstitions et de leur croyance dans les rites, et un éveil marqué vis-à-vis de l'éduction. (5) Ces années récentes, du fait de la demande pressante du peuple pour le prêche de l'Évangile, les évêques et quelquefois les prêtres et les professeurs, prêchent, et leurs sermons sont souvent à caractère évangélique et pleins de conseils sains. Quelques vingt mille Arméniens en Turquie sont membres des Églises chrétiennes évangéliques et beaucoup d'autres ont reçu la lumière grâce au travail des missionnaires protestants.

 http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015010805615#view=1up;seq=7

[1] Une Commission Américaine spéciale composée d'éminents Américains a étudié les comptes-rendus, tandis que les sources de ce rapports ne sont pour l'instant pas dévoilées, la commission en garantit l'authenticité. Cette commission comporte le Très Révérend David H. Greer, Évêque Épiscopal Protestant du Diocèse de New-York; Oscar S. Straus ancien Secrétaire du Commerce et du Travail et ancien ambassadeur en Turquie; Cleveland H. Dodge, de Phelps Dodge & Co.; le Révérend Docteur Stephen S. Wise, Rabin de la Synagogue libre, New-York; Charles R. Crane, de Chicago, Vice-président de la Commission des Finances de la Commission Nationale Démocratique au cours de la dernière campagne: Arthur Curtiss James, Directeur de nombreuses compagnies de chemin de fer et de la Hanover National Bank, la United States Trust Company et de Phelps, Dodge & Co.; le Révérend Dr Frank Mason North, de conseil des Missions à l'Étranger de l'Église Épiscopale Méthodique; John R. Mott, du Comité International de la Young Men's Christian Association ; William W. Sloane Rockhill, ancien ambassadeur en Turquie et ancien ambassadeur en Russie; William Président de W. & J. Sloane, 575 5ème Avenue; le Révérend DR Edward Lincoln Smith, du Conseil Américain des Commissaires de Missions Étrangères; le Révérend Dr Frederick Lynch, de la New-York Peace Society; George A. Plimpton, de Ginn & Co, un administrateur du Collège de Constantinople; le Dr James L. Barton, missionnaire en Turquie pendant de nombreuses années, à présent Secrétaire du Conseil Américain des Commissaires de Missions Étrangères; le Révérend Dr Williams J. Haven , l'un des fondateurs de la Ligue Epworth; Stanley White, Secrétaire du Conseil Presbytérien des Missions Étrangères, professeur Samuel P. Dutton, une autorité dans les affaires des Balkans.

Les dons pour l'aide aux survivants peuvent être adressées à Chas. R. Crane, Trésorier, 70 5ème Avenue, New-York.                

[2] Paragraphe repris de The Outlook

[3] Information recueillie dans l'Encyclopédie des Missions

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QUI PEUT SAUVER L'ARMÉNIE ?

30 octobre, 1915

     QUE FAIRE au sujet des atrocités arméniennes? La question agite les pensées de beaucoup. Le gouvernement a fait des démarches informelles auprès de la Turquie par l'intermédiaire de l'Ambassadeur Morgenthau " insistant sur le mauvais effet sur l'opinion américaine du traitement des Arméniens ", mais au-delà de cela, indique la dépêche de Washington, rien de plus ne peut être fait. Un télégramme venu de Londres nous informe que Lord Bryce aurait dit que " seule une puissance peut arrêter les atrocités arméniennes, et c'est l'Allemagne ". La presse allemande, cependant, avertit précisément les États-Unis que  " non seulement les Allemands n'interféreront pas avec le massacre d' 'infidèles' par les Turcs, mais qu'ils ne toléreront aucune interférence des États-Unis ". Le Frankfurter Zeitung relève, avec une logique qui n'appartient qu'à lui, que l'affaire des Arméniens ne regarde pas plus l'Allemagne que ne la regardait le lynchage des Nègres. Un auteur du Vossische Zeitung ajoute que:

" La question arménienne est une discussion purement théorique sur l'humanité. Nous avons actuellement des combats à mener pour assurer notre existence même. L'instinct politique des hommes d'état américains devrait le leur dire tout autant, en particulier dans la situation politique aujourd'hui, très différente de ce qu'elle était il y a deux mois. En conséquence, la Quadruple Entente devrait remporter les mêmes succès, avec l'hypocrisie des boules puantes et la calomnie lancées actuellement, que ceux remportés jusqu'à présent en Europe Occidentale par le recours à des armes honorables ".

Lorsque la presse allemande décide que ce qui est apparu aux yeux des Américains comme un crime contre l'humanité est 'une discussion purement théorique', observe le Syracuse Post Standard, 'nous avons appris à nous attendre à ce que ses opinions soient reprises par chaque intellectuel de ce pays qui  se prétend le seul à pouvoir être qualifié de neutre'.

 " Une attente qui ne sera pas déçue. H. L. Mencken, l'auteur de deux livres excellents sur la philosophie de Nietzsche natif d'Amérique, explique toute l'affaire arménienne dans un paragraphe:

 " L'industrie du secours à la Belgique s'étant graduellement tarie, en sorte qu'il est à présent presque impossible de tirer de l'argent de livres [sur ce sujet], les professionnels de la levée de fonds qui s'y étaient engouffrés vont employer leur talent à collecter des fonds pour les Arméniens massacrés. Cet engouement arménien a été initié et entretenu suivant un schéma classique, par le bureau de presse londonien. Les mêmes Arméniens qui étaient exterminés en 1896 sont à présent exterminés de nouveau. La seule différence est que dans le cas présent, l'accommodant Secrétaire Lansing a ranimé les dénonciateurs d'atrocités en adressant une note morale au gouvernement turc. La mise en circulation de telles notes constitue l'une des principales tâches du Département d'état ".

Des agences dans ce pays, à côté du gouvernement, s'efforcent de relever les atrocités en Allemagne et en Turquie au nom des peuples frappés. Un citoyen privé lance un appel pressant d'adresser à l'Empereur allemand en personne des lettres " protestant contre le fait qu'il tolère l'assassinat de femmes et d'enfants par ses alliés ". Cela ne coûte rien en dehors des cinq cents que coûte le timbre. " Cinq mille lettres à cinq cents chacune peuvent sauver cinq cent mille femmes et enfants d'une mort des plus horribles. Qui les écrira? La première est partie ". Une réunion a été récemment tenue au Century Theater de New York, sous les auspices d'un comité d'Américains de premier ordre et d'Arméniens bien connus, à l'issue de laquelle les résolutions suivantes ont été votées.

" Attendu que le monde civilisé a été choqué par une suite de massacres et de déportations d'Arméniens dans l'Empire turc, et

 " Attendu que ces crimes et outrages qui ont été commis sur un peuple diligent, économe et pacifique, ne trouvent, à la lumière du droit ou de l'humanité, aucune justification, et

" Attendu que ceux des Arméniens qui survivent ont besoin d'aide et de secours, qu'il soit

 " Résolu qu'en tant que citoyens américains, nous élevons la protestation la plus solennelle devant ces pratiques inhumaines et implorons toutes les personnes officielles ou ayant de l'influence dans l'Empire ottoman afin qu'il soit mis fin à ces méfaits et  aider par tous les moyens l'Ambassadeur américain et les autres qui pourraient secourir et rapatrier un peuple qui par son histoire et ses réalisations, a apporté sa contribution à l'Empire. 

 " Résolu en outre que la guerre, où qu'elle soit engagée et quelle que soit la nation engagée, ne procure aucun blanc-seing pour des actes [la commission d'actes ] inhumains à l'encontre de personnes innocentes. Les massacres de personnes non-combattantes, d'enfants, où qu'ils soient commis, ont donné aux lieux les plus bénis du monde l'apparence de l'enfer. Au nom du Dieu des nations et de celui de notre humanité commune, nous appelons les nations en guerre à cesser ces crimes contre la civilisation et la morale. " 

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